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samedi 13 février 2021

Un article de Tristan Hordé sur Cassandre à bout portant sur Sitaudis.Com

Un article de Tristan Hordé sur Cassandre à bout portant sur Sitaudis.com :

La première de couverture, composée par l’autrice, semble suggérer des voies de lecture. "Cassandre", « la bien nommée qui annonce la perte », a pour écho "Sandra" (formé par apocope sur Alexandra, autre nom donné à Cassandre dans la mythologie) qui serait ainsi, par la poésie, quelque peu prophétesse. La couleur retenue, rose bonbon, évoque celle attribuée — autrefois ? — aux bébés filles, en accord aussi avec le buste de la femme sans visage, comme un miroir vide, dont la coiffure renvoie au dernier tiers du XIXe siècle : image de la femme sans existence propre. Le lecteur retrouvera, avec d’autres, les motifs du miroir et de l’image du double, du manque, de l’autofiction, étroitement mêlés dans un livre à la construction complexe.

C’est entendu, le "je" du livre n’est pas Sandra Moussempès — « Ne pas mélanger la vie et le poème (...) La vie et le poème ne peuvent en aucun cas se toucher (juste parfois se frôler) » — ; mais elle est présente par son double en mots : la démarche de mise en mots de soi est analogue à celle de Cindy Sherman, personnage de son film dont le titre est cité en exergue, Nobody’s here but me. Ici, un passage en italique se rapportant à l’enfance (« Quand j’avais 12 ans ») est accompagné d’une note pour situer les faits dans le temps : Sandra Moussempès était allée dans la maison de Sylvia Plath avec une amie de son père, Olwyn Hugues, sœur de Ted (époux de Sylvia) et devenue sa « tante de cœur ». Un autre souvenir d’enfance, après la mention d’un rêve, occupe une note. Il s’agit d’un don fait à l’enfant de six ans d’une poupée de porcelaine qui lui ressemblait ; Anie Besnard, liée à son père et qui fut une amie d’Antonin Artaud, était la donatrice ; la poupée réapparaît dans la vie de l’adulte, tantôt « poupée d’exorciste », tantôt « Barbie défraîchie ». Il serait bon d’ajouter les « surnoms de l’enfance, Messaline, Salomé », qui évoquent l’antiquité et le mythe, mais surtout un comportement jugé hors de l’ordre, que l’on peut rapprocher d’autres figures, positives dans le livre, les sirènes et les sorcières. Enfin, l’autrice rappelle sa parenté avec la soprano Angelica Pandolfini (1871-1959) et se définit elle-même femme par sa voix, « « J’habite le féminin » c’est ainsi que se décrivait ma voix ».

Par ces souvenirs, elle s’inscrit dans un ensemble du côté de l’écriture et du chant, ensemble étendu qui inclut des figures mythologiques, dans un vers parodie d’une prière :    

               Lilith, Iphigénie, Emily, Cindy, pleines de grâce qui êtes aux cieux

Tous ces noms, d’une manière plus ou loin visible, ont une relation à la notion de double, de là au miroir. Lilith, dans la tradition de la Kabbale, a été modelée en argile, comme Adam : elle est donc son égale, double féminin — et devenue incarnation du féminisme sans perdre pour autant son caractère de démon ; ajoutons que la répétition de la syllabe renforce ce caractère double. On sait qu’Iphigénie était aussi un nom de la déesse Artémis, qu’il y eut deux Emily (Brontë, Dickinson), que Cindy Sherman est photographe et cinéaste. L’autrice peut s’ajouter à la liste, elle qui se présente au seuil d’un poème ("Miroir rouge") « Divisée en deux ». Réunis, les noms représentent « une forêt de voix et une symphonie de miroirs ». (....) 

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