Note de lecture : « Cinéma de l’affect » (Sandra Moussempès)
Lorsque le son enregistré surgi du passé entre en résonance, expérience spirite métaphorique et poétique, avec un dévoilement contemporain toujours aussi nécessaire et subtil.
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J’ai la chance dans ce nouvel épisode de me retrouver hors d’un gouffre
Mais suspendue sur pilotis au-dessus du vide, la technique vocale ne suffit pas
Mais suspendue sur pilotis au-dessus du vide, la technique vocale ne suffit pas
La phrase prononcée lors d’un discours jamais retrouvé n’aide pas à clarifier le propos
On parlera ainsi de phase pré-somnambulique, comme pour les fillettes possédées dont les voix deviennent soudainement caverneuses et effrayantes
On parlera ainsi de phase pré-somnambulique, comme pour les fillettes possédées dont les voix deviennent soudainement caverneuses et effrayantes
La mécanique surnaturelle de nos séances d’emboîtement n’est pas uniquement tissée d’organes
Car si l’on cherche à retranscrire le son de nos ébats, les cris se divisent en rires et en clameurs qui laissent perplexes
Car si l’on cherche à retranscrire le son de nos ébats, les cris se divisent en rires et en clameurs qui laissent perplexes
Après avoir fui dans la forêt en combinaison New Age me voici revenue vers toi qui débutes au théâtre une carrière de médium, tu fabriques des machines à remonter le temps pour un film expérimental basé sur notre histoire dans sa version non sous-titrée
Rien n’est au point pour le moment
Je me retrouve auditrice de sonorités aussi floues que des ectoplasmes
Je me retrouve auditrice de sonorités aussi floues que des ectoplasmes
Publié en janvier 2020, « Cinéma de l’affect » complète et étend de plus d’une manière le travail de « Acrobaties dessinées » (2012) et de « Colloque des télépathes » (2017), dans la même collection superbe des éditions de l’Attente. Sandra Moussempès y poursuit intensément son entreprise d’affranchissement des conventions sociales éprouvées, à travers les deux derniers siècles, en y poursuivant l’usage du son comme arme poétique, en laissant rôder comme précédemment la possibilité du canular spirite, et en ne refusant aucune des étrangetés qui naissent des hasards et des coïncidences qui n’en sont peut-être pas. Le fait que l’arrière-grand-tante de l’autrice, la cantatrice Angelica Pandolfini (1871-1959), rendue célèbre notamment pour son interprétation triomphale d’Adrienne Lecouvreur de Francesco Cilea, ait, enregistrement de 1903 en faisant foi, une tessiture très proche de celle de l’autrice peut constituer une telle cheville ouvrière, un outillage pour à nouveau démonter certaines apparences, sociales ou intimes. Davantage encore que précédemment, et même lorsque son recueil ou son enregistrement devient diaphane ou problématique, la voix est un passage (il faut écouter, parallèlement à la lecture de « Cinéma de l’affect » l’album « Vox Museum » publié aux éditions Jou pour s’en persuader, s’il était nécessaire), un passage qui, gorgé d’imagination, ouvre sur un ailleurs logiquement insoupçonné.
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