Voici le texte intégral que j'ai écrit en 1998 sur Sylvia Plath extrait de "Hors Champs" (petit livre interdit à la vente qui résulte d'une résidence à la Saline d'Arc Et Senan et comprends brouillons et notes sur ces deux mois passés dans le Doubs.
Drôle de retour, après un détour de 20 ans.
Ce lien invisible existait depuis l'enfance ; Sylvia Plath étant la belle-soeur d'Olwyn, l' amie anglaise et fidèle de mon père. Olwyn, soeur de Ted Hughes. Editrice et agent du couple, celle qui ne supportait pas qu'on accuse son frère Ted Hughes de la mort de Sylvia, celle qui est encore lasse de cette mythification mortuaire dont elle ne veut parfois plus entendre parler. Mais qui occulte Assia dont je n'aurai connaissance que longtemps après et par d'autres personnes. Olwyn, ma tante d'adoption qui ne m'a jamais conseillé de lire les livres de Sylvia avec qui les rapports n'étaient pas simples (que j'ai découverts très tard toute seule de mon côté avec une grande joie) et pourtant ce fut son éditrice et agent attirée (elle éleva aussi ses enfants après sa disparition). Avec qui nous parlons toujours d'astrologie...
Et mon désir d'Angleterre encore invisible.
En 1978, j'avais vu la maison du Devon et la fille de Sylvia, Frieda à l'âge ingrat, son fils Nicolas avec qui on voulait me "marier" pour rire. La seconde femme de Ted Hughes, Caroll, faisait cuire du mouton à la menthe, des oeufs, des saucisses, du bacon. Elle était active et souriante comme il se doit chez ce type de femme. Une femme d'intérieur douée pour la "gestion domestique", constamment dans sa grande cuisine , dans cette même cuisine pensais-je à tort, où Sylvia avait pu terminer sa vie. Le voyage avec Olwyn au volant avait été épuisant parce qu'elle ne savait pas conduire (en Angleterre c'est possible de conduire sans permis). Douze heures donc pour faire quatre cent kilomètres parce qu'elle s'arrêtait pour boire du vin blanc dans un pub à chaque arrêt "repos". Malgré mes 12 ans, je connaissais les dangers de la route et de l'alcool au volant, mais il ne fallait rien dire pour ménager sa susceptibilité ; elle montait sur le trottoir d'en face et conduisait comme en France, à droite, il ne lui était pas "naturel" de conduire à gauche disait-elle, malgré ses origines bien anglaises, ou bien elle prenait une bretelle d'autoroute à contresens. A l'arrivée dans la maison magnifique de Ted et Sylvia (puis de Ted et sa deuxième femme) la voiture n'avait plus ni rétroviseurs ni pare-chocs. Olwyn avait fait sauter beaucoup de rétroviseurs de voitures et autres motos garées.
Des années plus tard alors que le nom de Sylvia Plath continuait de glisser sur moi, j'ai habité à Camden, à Londres et j'ai vu dans le grenier tous les livres par terre, sur les étagères, dans les caisses, des vieux papiers, des contrats, des livres mous et d'autres durs avec ou sans photo de Sylvia Plath dont elle était l'agent et l'éditeur à un moment. Comme à chaque fois, elle me prêtait des livres de poèmes presque pour que je parfaisse mon anglais, sans grande conviction, que je ne lisais pas. Mais ne me parlait finalement jamais de son lien littéraire à Sylvia.
Il n'y avait pas beaucoup de tendresse de la part d'Olwyn, "une petite bourgeoise attachée à ses appareils ménagers" "une fille égocentrique et très américaine dans sa manière de vivre", voilà comment elle décrivait Sylvia Plath. Je ne comprenais pas et je n'ai pu savoir ce qu'il s'était réellement passé entre elles, avec le frère au milieu. Pourtant elle admirait son travailL Elle lisait aussi mes propres textes pendant des heures sur l'ordinateur. Elle aimait ce rôle retrouvé de "conseillère littéraire". Elle redevenait douce et souriante. La création des autres la fascinait.
J'ai finalement lu The bell jar il y a trois ans, toujours pas ses poèmes. La cloche de détresse est devenue un livre important lu et relu.
Ce fil invisible qui nous reliait indirectement pendant des années venait de prendre forme.
Un retour en arrière des pensées arrêtées dans l'air du temps. Quelques framboises du Devon, un voyage en voiture le long d'une route pluvieuse, un jeune anglais aux joues fraîches (j'étais tombée amoureuse là-bas dans le Devon d'un garçon prénommé Sebastian avec qui je devais faire un échange) une maison de famille (dont deux poètes célèbres) à la campagne, un logement à Londres rempli de livres de Sylvia Plath.
L'échange n'a finalement jamais eu lieu. L'utopie a posteriori venait de prendre enfin les traits de ce jeune garçon anglais, du goût des framboises et de la couleur des pâturages. Plus tard, bien plus tard, je suis retournée en Angleterre, à Londres. Pour y vivre cette fois-ci et y faire de la musique.
Sandra Moussempès
Sandra Moussempès
Extrait de "Hors champs" CRL Franche Comté, 2001



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