"Lire, écouter Sandra Moussempès, c’est accepter d’être affecté, d’entrer dans un univers de mondes emboîtés les uns dans les autres, d’être pris dans des jeux de miroirs qui font de chaque séquence un objet d’anamorphoses. " (Richard Blin, Le Matricule des Anges)
Quand je mets le point final à mon manuscrit et reçois dans le même temps mon contrat (électronique) pour ce futur livre a paraître chez Poésie/Flammarion début 2021.. Publié par mon Yves Di Manno directeur de la collection Poésie/Flammarion qui me publie depuis 1997..Fidèle parmi les fidèles comme mes éditeurs de L'Attente, Françoise et Franck Pruja. Ainsi s'alternent les publications avec ces deux splendides maisons d'édition. Tous mes éditeurs m'ont permis d'"accoucher" de mes livres (je n'oublie pas Henri Deluy et Liliane Giraudon qui furent mes tous premiers éditeurs pour la Maison d'édition Fourbis avec la collection Internationale des Poètes en Val de Marne qui publia mon tout premier livre "Exercices d'incendie" en 1994).
Voici le cahier d'accompagnement de mon livre "Cinéma de l'affect (Boucles de voix off pour film fantôme)" réalisé par Georges Guillain pour le Prix des découvreurs 2020/2021
Ce cahier sert notamment de support aux élèves et enseignants de collèges et lycées.
En quoi une œuvre littéraire marque-t-elle le lecteur ? Parce qu’elle est singulière. Celle de Sandra Moussempès l’est de bout en bout. Dans Cinéma de l’affect sont convoquées différentes strates de la mémoire en une succession de tableaux sonores, un peu comme les images rémanentes des rêves qui s’enchaînent dans une apparente incohérence au réveil, en suggérant malgré tout une séquence intelligible. Celle d’Angelica Pandolfini, cantatrice et ancêtre de l’autrice, celle de l’amour, celle de la mort qui peut sembler clore toute chose, celle des objets qui font circuler cette mémoire.
Et c’est en cela que le texte est singulier. Il forme un entrelacs souple et solide, généré par le poème, s’emparant de la mort ou de la finitude des choses afin d’opérer une transmutation. Alchimie dont la pierre philosophale serait le son, et plus particulièrement la voix. La voix qu’on enregistre, celle qui appelle les esprits ou cherche les fantômes, celle qui dit « je t’aime » ou se souvient de l’avoir dit sincèrement, celle qui chante derrière le texte et avec laquelle l’autrice dit également sa poésie à haute voix.
Être mystique, c’est repousser l’inexorable objet d’une fatalité ou d’un romantisme qui chercheraient à nous persuader que la mort ne serait que l’accomplissement de l’impossible. Mysticisme et romantisme sont présents dans Cinéma de l’affect, et c’est avec une grande subtilité, y compris dans la structure du texte, que Sandra Moussempès tisse la mémoire, nous disant en cela que les événements que nous avons vécus, comme ceux que nous n’avons pas vécus mais qui ont contribué à nous façonner, forment un tout qui nous marque durablement dans notre chair.
Il est bon de souligner que les éditions de l’Attente participent pleinement à ce tissage, nous permettant ainsi de donner à entendre la beauté de ce texte en un film singulier.
Dominique Panchèvre Mots choisis « On converge ainsi vers le dénouement traditionnel, la captation de la prothèse émotionnelle qu’un automate lanceur d’alerte pourra faire dévier de sa trajectoire, l’émotion et la voix partant du même axiome de base : les cordes sensibles s’accouplent tandis que les cordes vocales se dédoublent. "
Un très bel article de Ritta Baddoura sur Cinéma de l'affect (Boucles de voix off pour film fantôme) de Sandra Moussempès (Editions de l'Attente 2020)
"Transmutations autour de la voix"
Par Ritta Baddoura
"Cinéma de l’affect explore le rapport à l’absence par une exploration originale de la voix et du bruit. L’investigation affective, intellectuelle et sensible du son, peut-elle présentifier le mystère de ce qui n’est plus ?"
"(...) Cinéma de l’affect propose une exploration du rapport à la disparition de l’autre, à la dissolution de soi, à l’absence, par le truchement d’une réflexion originale sur la voix, celle humaine et celle des objets. Le prisme de la voix constituerait-il un passage facilitant les manifestations de l’esprit, le retour fantomatique augurant d’une possible reconnexion avec les disparus ? Peut-on capter quelque chose de la sidération, qu’elle relève de la cristallisation amoureuse ou de la rupture ? Est-il possible de concevoir un dispositif pour en retenir une trace, ou un miroir qui puisse la réfléchir comme le bouclier de Persée face à Méduse ? La pluralité des questionnements dans la pensée de Moussempès, ainsi que celle des dispositifs évoqués (en lien avec le spiritisme, le sonore, l’écriture) alimentent la confusion des espaces-temps dans lesquels évoluent les protagonistes de ce recueil, avec un subtil art du paradoxe caractéristique chez la poète."
Lire l'intégralité de l'article en version numérique ICI
Vous pouvez m'entendre en podcast dans l'émission de Manou Farine "La compagnie des poètes" autour de mon nouveau livre Cinéma de l'affect (Boucles de voix off pour film fantôme) notamment dans la seconde partie de l'émission) et d'Artaud en compagnie de l'essayiste Lorraine Dumesnil.
Une belle soirée dans l'atelier de Michael Woolworth, pour ma lecture Double Change (organisée par Olivier Brossard et Vincent Broqua), salle remplie à craquer échanges derniers avant confinement le lendemain..
Vous pourrez m'entendre évoquer mon livre "Cinéma de l'affect (Boucles de voix off pour film fantôme)" dans l'émission de Manou Farine, La compagnie des poètes, sur France Culture, le vendredi 13 mars à 19h
"Le livre est une troublante méditation sur la voix et les mots, la forme des mots, la ligne suivie une fois proférés dessinant le destin des paroles qu'on dit "envoûtées" : "La forme des mots que nous prononçons est le sujet principal de cette histoire" précise Sandra Moussempès qui propose avec "Cinéma de l'affect" un livre original, étrange et envoûtant." Par Alain Nicolas
Sur REMUE.NET.COM Déborah Heissler | Cinéma de l’affect, de Sandra Moussempès
Jeu de plans, de séquences ou de scènes, dont on ne sait où il se situe exactement, Cinéma de l’affect de Sandra Moussempès déroule pour nous sa voix, qu’il nous est possible de suivre au travers d’une « déambulation […] à la croisée du son, du cinéma et du spiritisme ».
Une voix tremblante se fait d’abord entendre, qui « n’aide / pas à clarifier le propos » de ce récit « poétique », où la narratrice cherche à comprendre le fonctionnement de processus vocaux d’autant plus envoûtants, que quasi insolubles.
Rien n’est au point Je me retrouve auditrice de sonorités aussi floues que Des ectoplasmes
Evocation, plus loin, de l’arrière-grand-tante, Angelica Pandolfini, elle-même fantôme d’une voix dont la restitution — sa quête —, ne nous dira presque rien. Sa tessiture vocale demeurant, pour nous, comme une forme de « complément d’enquête » ; la narratrice devenue, au fil des pages, un lang(age) dont « tu » — l’adresse, l’appel — reste à lui seul « le dispositif sonore » :
Prosodie vocale : un diapason me prouve que tu es là engagé Dans un nouvel espace plus propice à nos méditations Corporelles …
Depuis de nombreuses années, Sandra Moussempès explore la façon poétique de faire sens et de débrouiller le brouillard. Avec ce nouveau texte, Cinéma de l'affect, que publient les éditions de l'Attente, elle questionne de nouvelles tessitures qui font l’étrange son du monde.
Un nouveau texte de Sandra Moussempès paraît aux éditions de l’Attente. C’est Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme). Réjouissons-nous de cette singularité supplémentaire qui engramme l’œuvre de la poétesse. Ce texte – comment dire à la fois, en un seul mot, en un seul bloc, qu’il est prose, poésie, tentation de l’essai, expérimentation d’un genre biographique, autobiographique, historique, musical, qu’il est aussi fantasmagorie, féerie, magie ? – s’avance d’abord un peu masqué. Ceux qui n’ont pas encore lu le moindre livre de Sandra Moussempès seront peut-être un peu désarçonnés. Comme les partitions de Mozart, ses textes aiment les départs en anacrouse. Ils se demanderont aussi quel est ce prodige à l’œuvre qui s’en va par les branches, comme on dit dans le Gers, dans certaines occasions de la raison supposée enfuie. Les autres applaudiront à ce subtil charivari des strates qui brouille les généalogies, l’explication du monde par le simple constat de la succession des couches de terres, de fossiles, de roches, de magma, de substrats, de gravats de toutes natures.
Sandra Moussempès : de la poupée brisée à la fée des songes — entretien Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme)
Il y a en Sandra Moussempès une part Tori Amos, une part héroïne de David Lynch. Autant pour son romantisme très particulier que son mystère et ses blessures. Les traumas de l’enfance l’ont sans doute partiellement brisée, mais elle a recollé ses morceaux à travers son écriture et la porosité qu’elle invente entre les mondes et les arts.
C’est le signe d’une solarité intérieure qui efface les aspects nocturnes de certains moments de la vie et des claustrations. Le côté poreux aux autres et l’hypersensibilité de la créatrice font sa rareté et lui préservent la faculté de rester une fée des temps au moment où elles disparaissent mais dont l’époque en a de plus en plus besoin.
De l’auteure : Sunny girls, Éditions Poésie/Flammarion, 2015 ; Colloque des télépathes & Album CD Post-Gradiva, Éditions de l’Attente, 2017 ; Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), Éditions de L’Attente, 2020.
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La nécessité, car sinon je resterais des heures dans mon lit pour y travailler, créer et me recentrer.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je ne m’en suis pas trop écartée, si ce n’est que des traumas sont venus les entacher mais ont renforcé du coup leur nécessité. Exprimer ma créativité comme voix off interchangeable et inéluctable, j’aime cette idée d’avoir tout en moi et que cela fasse oeuvre, le reste, la “vraie vie” m’intéresse moins, m’oppresse parfois.
A quoi avez-vous renoncé ?
Au confort, à la “normalité”, aux relations surfaites. Au désir d’être comprise de tous.
D’où venez-vous ? D’une planète excentrée étrange.
Qu’avez-vous reçu en dot ?
Mon don d’écriture, ma voix, mon hypersensibilité (qui n’est pas toujours simple à gérer). Ma créativité artistique et la possibilité aussi d’avoir pu créer un autre être, mon fils. Un petit côté magicienne aussi.
Un petit plaisir — quotidien ou non ?
Une tasse de thé anglais déthéiné avec un nuage de lait de soja, une bougie allumée. Un rire imprévu pendant une discussion sérieuse.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres auteures ?
Je crois, ma propension à être ce que j’écris, la singularité de mon travail, avec ses thématiques récurrentes (le féminin, le spiritisme, le cinéma), ma pratique parallèle d’artiste sonore et vocale (disques et lectures performées).
Comment définiriez-vous votre “poétique” ?
Laisser les mots parler à ma place, tout en me centrant sur une nécessité esthétique.
Quelle est la première image qui vous interpella ?
Une poupée de porcelaine qui m’a été offerte par Anie Besnard (premier amour d’Antonin Artaud et un temps compagne de mon père avant ma naissance) : lorsque j’avais six ans, elle trouvait que cette poupée me ressemblait, j’ai beaucoup écrit sur cette poupée, même si j’aurais préféré à l’époque ressembler à une poupée Barbie. Je l’ai finalement perdue au fil des déménagements.
Et votre première lecture ?
La Comtesse de Ségur pour son sadisme latent et ses petite filles aux robes roses, “Les Petites filles modèles” et “Les Malheurs de Sophie”.
Quelles musiques écoutez-vous ?
Du Dubstep, de l’électro/ambient (par exemple Moderat de New Error ou Anvil de Lorn) et du classique, de l’orgue d’église (Bach). Dernièrement, j’écoutais souvent dans ma voiture un remix de Lost Frequencies (Cesaria de Stromae).
Quel est le livre que vous aimez relire ?
Il y en a plusieurs, de la poésie contemporaine américaine ou coréenne. Les poèmes d’Emily Dickinson.
Quel film vous fait pleurer ?
“Wuthering Heights”, l’ancienne version, avec Merle Oberon. Je rajoute l’épisode de Black Mirror “Nose dive” que j’ai vu dix fois et qui me fait toujours pleurer aussi à la fin, tant c’est représentatif de la société actuelle.
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Ma version filmique, une Cassandre (un des autres prénoms que j’ai failli porter) qui ne sait pas sourire sur commande, qui écrit sur les miroirs et s’y photographie sans jamais avoir une réponse claire de son reflet.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A beaucoup de monde, à David Lynch par exemple.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Londres, où j’ai vécu un temps, mais aussi Los Angeles où je ne suis jamais allée.
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Dans le désordre, Cindy Sherman, Emily Dickinson, Emily Brontë, Sylvia Plath (j’étais proche d’Olwyn Hughes, sa belle-soeur et j’ai passé des vacances chez Ted Hughes son mari quand j’étais petite), Marina Abramovic, Pipilott Rist, Kate Bush, David Lynch, Harmony Korine, Miyazaki, la Comtesse de Ségur, Janet Frame, Carson Mc Cullers, Gisèle Vienne, Samuel Butler, les Frères Powis, Mary Shelley, Charles Swinburn, l’écrivaine Taeko Kono, j’en oublie bien sûr beaucoup.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un signe du destin aussi beau et envoûtant que possible.
Que défendez-vous ?
La singularité, l’originalité, l’inquiétante étrangeté, là où se tisse l’humain, dans ce qui lui échappe et qui est peu accessible au conscient, la contemplation, l’intensité, la passion amoureuse, l’authenticité dans un monde de plus en plus stéréotypé où façades et faux selfies dominent.
Que vous inspire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Trop cynique pour moi, même s’il y a du vrai. Je préfère transmuter le réel car j’ai une tendance naturelle au mysticisme.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la question ?“
Je ne suis pas sûre de comprendre.
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Qu’aimeriez-vous mieux connaître ou développer dans votre vie ? J’aimerais approfondir mes connaissances en astrologie.
Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 18 février 2020. A lire sur le site LeLittéraire.com
à propos de Sandra Moussempès, Cinéma de l’affect (Boucles de voix off pour film fantôme), Éditions de l’Attente, 2020.
.Si l’on veut bien admettre que la notion d’autofiction peut s’appliquer autant au poème qu’au roman, alors le livre de Sandra Moussempès en est un cas exemplaire. Ça n’est pas que le poème ici mêle plus qu’un autre le réel à l’imaginaire (quel poème ne fait pas cela tout le temps ?) ni même seulement que des éléments autobiographiques se trouvent sublimés par leur mise en fiction poétique, c’est plutôt qu’ici le poème est un dispositif textuel qui utilise le réel et ses sollicitations pour capturer une voix à elle-même inconnue, pour captiver une intimité secrète et inaccessible autrement que par ce dispositif. Le livre est une boîte faite de phrases et qui piège d’autres phrases. Un objet technique (un parallélépipède de papier) somme toute assez froid, mais capable de contenir une réalité vocale : la voix de son autrice (terme qu’on préfèrera ici à auteure tant l’autrice en l’occurrence est une auditrice) comme celles, multiples, qui la traversent. Le poème chez elle est en effet un réseau métaphorique dans lequel s’attrapent et s’emprisonnent d’étranges énoncés. (LIRE LA SUITE)
"Saturée d’impalpable et de magnétisme l’écriture de Sandra Moussempès, et tissée des hauts mystères de ce que la voix fait au lecteur ou à l’auditeur. « Boucles de voix off pour film fantôme » annonce le sous-titre de son nouveau livre, Cinéma de l’affect se décline en sept séquences. Elles scandent les différentes étapes d’une déambulation parmi des dispositifs sonores, visuels et sensoriels interrogeant le devenir des enregistrements, les « mémoires archivées de ce dont personne ne se souvient », et les stratégies émotives latentes ou réelles que recèlent les magnétophones des années 80 aux allures de « petits coffres-forts hypnotiques », les anciens répondeurs téléphoniques et autres gramophones ou dictaphones. S’emparant de leur pouvoir de fascination et de leur potentiel de révélation, l’auteure, avec un sens consommé de l’anamorphose, joue de bandes-son et d’images pour installer un univers singulier d’atmosphères – « La revanche du gramophone » ; « Le Muséum des tessitures flottantes » ; « Petites extorsions de voix embaumées »… – et proposer des dispositifs de capture / captation qui sont autant de propositions de formes s’ouvrant au perturbant, aux effets d’étrangeté et à la sorcellerie évocatoire propre aux voix comme aux phénomènes de rédemption du perdu. (...)