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samedi 28 novembre 2009

Un article de Richard Blin sur "Photogénie des ombres peintes" (Le Matricule des Anges, novembre 2009)

Tropismes intérieurs

Jouant des masques et du secret comme de l'arbitraire et des vertiges de l'image, c'est le battement de la parole à l'intérieur d'elle-même que poursuit Sandra Moussempès dans son nouveau recueil.

Avec quoi se débat-elle Sandra Moussempès ? Quelle érotique du temps et du secret ? Quelles expériences de dessaisissement ? Quelle volonté d'arracher la beauté au vertige ? Quel impossible ? Après Vestiges de fillette (1997) et Captures (2004), les sept séquences qui composent Photogénie des ombres peintes continuent à interroger les écrans trompeurs de l'apparence, l'instinct de liaison comme les pulsions de déliaison et toutes les forme de divergence et de distorsion à l'oeuvre dans le triangle que forment l'amour, le vide et le langage.

"Une forme d'incantation post-moderne, fruit d'un "vertigo love", doublée d'une mise en perspective du réèl et de son image. Un univers où tout est "question de perception" et de mémoire, de "corps de lumière" et de "petites déconstructions", d'images projetées et d'effets de spécularité, de décalage et de filigrane. Des poèmes qui souvent ont un ciel (en italique) et une terre (en romain), qui sont des radiographies de l'entre-deux (entre le père et sa fille, l'homme et la femme, l'ombre et la lumière, le rêve et la réalité...); des spectographies du désir ou de l'absence, des précipités de sensations ou encore des scènes où "officient à trois dans l'harmonie" les fantômes du rêve, du délire et du désir.

Leurres et simulacres qui nous mettent à la fois en contact et à distance d'une réalité interne faite de la singularité d'instants arrachés à la réalité, au rêve, au souvenir. Evénements extatiques "liés à la déviance amoureuse", éclats de film noir, "preuves illustrées", évidences hasardeuses : "tout relève du dénuement de chaque réalité mise en scène", de rêves opaques ou de "matière mentale". Un monde où "la fiction devient chaque jour plus hermétique", où les "princesses compatibles se désistent", où "la dégustation d'un poisson embroché incite à tous les dévouements", où l'on peut s'extasier devant "l'aspect "merveilleux" de la reproduction" et passer des promesses aux promises, de la grâce au strass, de la peau de chagrin à la peau de chacun et même de l'obscur objet du désir à celui "du déni : façonné en clé de voute".

Comme si la réalité ne cessait de se dérober derrière le mirage des reflets et des illusions, la facticité des représentations ou la production onirique d'images liées aux ratés de la relation comme aux fantasmes. Comme si, derrière ces cristallisations poétiques de points de vue, ces captations d'images, ces conjugaisons de visible et d'invisible, d'odeurs et de sons, se cherchait le langage d'une délivrance, s'éprouvait une esthétique de la fragmentation, s'élaborait une histoire parallèle, jouant avec les masques et les avatars de "la VRAIE personalité de l'héroine".

Photogénique, ce qui naît de la lumière, d'où ce très beau titre, Photogénie des ombres peintes, qui soulignant la beauté d'images-fantôme, suggère aussi, derrière la vacillation des présences, le poids de l'occulte. "Ce que précisément la poésie implose ou accepte : la non-formulation du réèl par son miroitement sur la matière". Entre l'empreinte et la trace, le monde extérieur et son relief intérieur, se devine et se dessine la circularité enivrante de tout ce qui dans la sphère des images de l'amour reste toujours à apprendre.

Du "seul jardin japonais à portée de vue" à "Kyoto élegies" -c'est-à-dire en passant par ce pays lointain et fantasmatique dont Barthes disait qu'il est un empire où les signes vivent en toute liberté- ce sont les éclats d'une impossible mythologie du moi que nous donne Sandra Moussempès. "Sachez que je suis en train de cacher quelquechose". Secret qui participe de ce mouvement organique dont le biographique fait entendre la vibration jusque dans les juxtapositions incongrues et les effets de symétrie décentrée qui donnent à ce recueil son étrange et belle profondeur pensive.


Richard Blin in Le Matricule des Anges, novembre 2009


Photogénie des ombres peintes
Sandra Moussempès, Flammarion, 128 pages, 16 euros




Lire aussi :

Un article d'Angèle Paoli sur son site "Terres de femmes"
http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2009/12/sandra-moussemp%C3%A8s-photog%C3%A9nie-des-ombres-peintes.html

Une présentation de Fabrice Thumerel sur le site Libr-critique :
http://www.t-pas-net.com/libr-critique/?p=1502

article de Matthieu Nuss :
http://www.t-pas-net.com/libr-critique/?p=2318


Une proposition de Pierre Ménard sur le site Liminaire :
http://liminaire.fr/spip/spip.php?article398


Article de Jean-Marc Baillieu sur le site Sitaudis :
http://www.sitaudis.fr/Parutions/photogenie-des-ombres-peintes-de-sandra-moussempes.php

Article de Francesco Magris sur libr-critique :
http://www.t-pas-net.com/libr-critique/?p=1836

Article du Matricule des Anges :
http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=62779

2 commentaires:

  1. est-il possible de dire
    ici
    la joie de découvrir
    l'écriture, la votre
    de Photogénie des ombres peintes ?

    dans l'attente,
    l'écrire ici dans ce carré de texte
    à lire.

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