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mardi 23 décembre 2008

Taeko Kôno : La chasse à l'enfant




Taeko Kôno
J'ai lu jusqu'au bout La chasse à l'enfant et j'en ressors, ragaillardie. Je regarde son petit visage sur la quatrième de couverture, sage et carré avec de grosses lunettes d'institutrice. Dans les pages elle désire les petits garçons (cela nous change du mythe du héros vieillissant et de sa muse jeune et fraiche) elle les désire et c'est dans ce désir que se présente une réèlle subversion car on ne "consomme pas" ici on est pas chez une Catherine Millet dont la mécanique des sexes analysée non sans talent, n'a pas pour objectif de troubler ou de perturber mais d'énumérer au regard d'une narration qui se veut méthodique voire chirurgicale. Ici on est vraiment dans le trouble et l'inquiétante étrangeté du désir esthétique, il n'y a pas de concept ou de posture mais l'expression du tabou et sa spontanéité surtout lorsque le tabou est aliéné au sexisme lisse de nos temps modernes (l'homme vieillissant et sa jeune muse dénudée n'ont malheureusement pas pris une ride même dans des textes dits avant gardistes, l'inverse n'étant visiblement pas encore littérairement correct en France). Dans une autre nouvelle, l'héroine décrit la beauté cruelle d'une femme attachée par son mari bossu. Aucune psychologie explicative, une littérature acérée sans compromis. La première apparence de morbidité laisse finalement place au simple imaginaire de l'innocence aussi dans la description de ce qui dans l'objectivité informative choque pourtant moins que dans un livre, finalement le genre littéraire de création reste parfois plus censurée que ce que les médias tentent d'un autre côté de faire ingurgiter a leur spectateurs dans des mises en scènes véridiques (la psychologie de masse instrument de destruction massive sous l'apparence tranquille d'un petit déjeuner en famille ricorée)..Mais continuons..
Je me souviens de ma première réaction. Je découvre le livre chez un autre écrivain en résidence à la Saline d'Arc et Senan, le titre fait écho. Il ne peut me le prêter, ce livre ne lui appartient pas. Je le commande, difficile à trouver, il est sorti il ya plusieurs années déjà. Quinze jours après je vais le chercher à Besançon. Dans un premier temps, je déchire le livre comme pour contrer le sort, je déchire le livre neuf, tout juste acheté. Il me fait peur. Les zones d'ombre la morbidité fétichiste, les jeux de rôle, tout cela donne un sentiment de malaise. Quelques jours après, la corbeille sous le bureau n'est toujours pas vidée, je relis peu à peu quelques pages, le texte surprenant de beauté. Je récupère le livre qui n'est pas détruit. J'apprends à déchiffrer. Taeko Kôno rejette toute mièvrerie ou "bons sentiments" de groupe. Elle s'est écartée de son sujet pour mieux le saisir, elle dit le réèl des pulsions humaines, c'est sufisament rare (peut-être pas au Japon) pour être notifié...

Sandra Moussempès 2001
Une courte biographie de Taeko Kono

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