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vendredi 17 mars 2017

"Sunny girls" chapbook chez Above/Ground/Press Canada

http://abovegroundpress.blogspot.fr/2017/03/new-from-aboveground-press-from-sunny.html

Sandra Moussempès, from: Sunny girls
translated by Eléna Rivera
$4

J’AVAIS REMARQUÉ UNE MAISON SANS FIORITURE

Je vais trop loin
Je ne vais pas assez loin
J’entends un souffle derrière moi


I HAD NOTICED AN UNADORNED HOUSE


I go too far
I don't go far enough
I hear a breath behind me


published in Ottawa by above/ground press
March 2017



http://abovegroundpress.blogspot.fr/2017/03/new-from-aboveground-press-from-sunny.html

vendredi 24 février 2017

"Un nouveau monde, Poésies en France 1960-2010, éditions Flammarion

Une présentation de mon travail ainsi que des poèmes extraits de deux des quatre livres que j'ai publiés dans la collection Poésie/Flammarion, "Vestiges de fillette" et de "Sunny girls" sont présents dans la très riche anthologie "Un nouveau monde, Poésies en France 1960-2010" collection Mille&une pages, Flammarion 2017, d'Yves di Manno et Isabelle Garron





"Poupées décapitées, ciseaux et cosmétiques, photographies bougées, "passages" d'Emily Brontë ou de Cindy Sherman, banlieues industrielles arpentées par des corps désoeuvrés : au fil de textes laconiques, déclinés en séries et régis par un travail prosodique qui les maintenait à égale distance du lyrisqe et du prosaïsme -de la vision comme du reportage- les premiers livres de Sandra Moussempès se sont avérés d'une inquétante étrangeté. L'innocence y côtoyait une déviance latente, les méandres de l'imagination jetaient le trouble sur une réalité indécise, atone, à l'ombre d'une enfance mise en pièces, exténuée pourrait-on dire avec une rage muette, une tendresse déconcertée. Les recueils suivants ont poursuivi la dissection de ces paysages intérieurs sur un mode plus apaisé, sans se épartir pour autant de leur inquiétude fondamentale ni de l'humour désinvolte qui leur donne parfois une teinte un peu acide : "les poétesses qui misent sur le banal ne roulent pas en mobylette malgré les apparences"..."  
(Un nouveau monde - Poésies en France 1960-2010, éditions Flammarion 2017)

jeudi 24 novembre 2016

Lecture performée dans le cadre des "Mercredis de Montevideo" Marseille

Lecture performée dans le cadre des Mercredis de Montévidéo, à Marseille, autour de mes livres "Sunny girls" et "Acrobaties dessinées" , le 23 novembre à 20h30.          



(photos par Sarah Keryna)

+ d'infos





Captation (extrait) de ma lecture du 23 novembre à Montévidéo : "Résurgences momentanée des sensations visuelles)




SANDRA MOUSSEMPES (Extrait) / LES MERCREDIS DE MONTEVIDEO // 23/11/16 from montevideo on Vimeo.


lundi 27 juin 2016

Playlist Audiometric June 25 2016, Mixed by Black Sifichi

Vous pouvez écouter mon audio-poème "Sunny girls" (extrait de mon livre du même titre paru chez Poésie/Flammarion et de mon CD vIDEOGRAPHIA )
http://aligrefm.org/lecteur3096.html
En écoute : Playlist Audiometric June 25 2016, Mixed by Black Sifichi Aligre Fm / Jet Fm / Eko des Garrigues / Radio Active / Radio Grenouille, Paris : Nantes : Montpellier : Toulon : Marseille
Sandra Moussempés - Sunny Girls
Carl Stone - Shing Kee
Olivia Louvel - Crackle 2 v2
Mazzy Star - So Tonight That I Might See
Tuxedomoon - KM / Seeding the Clouds - 2kilos &More & Julius Gabriel
Wild Shores - MATANGI
Leila - Brave
Rogue State aka Jefferson Lembeye - Hotel Souiri
Squarepusher - The Modern Bass Guitar
Charlie O - Les Andes des Indes
Moondog - I'm This I'm That
Harry Partch - A Dream
Dagmar Krause - Song Of The Whitewash
Ashley Slater - Femme Fatale
Amy Winehouse - Wake Up Alone
Roy Orbison - Blue Angel
Cristian Vogel - Lovelights
Nick Cave - The Flesh Made Word
Four Tet - Angel Echoes
DJ Olive - Rooster Rooster

vendredi 24 juin 2016

Les Poètes Vestiaires #4 - Les poètes qui font du rock



Emission radio du 17 juin 2016 sur Emergence.fm, par Sylvain Courtoux

Avec par ordre d'apparition
FJ Ossang (MKB)
Manuel Joseph & Motif_r
Joël Hubaut
Charles Pennequin (Bibi Konspire)
Sandra Moussempès (The Wolfgang Press)
Chloé Delaume and The Penelopes
Joachim Montessuis
Kathy Acker and The Mekons
Michel Bulteau (Mahogany Brain)

jeudi 19 mai 2016

Les Poètes/Vestiaires n°3 LES FILLES DE LA POÉSIE émission de Sylvain Courtoux (Emergence FM)

Émission Les poètes/Vestiaire (cycle sur la poésie contemporaine actuelle) n°3 "Les filles de la poésie", émission de Sylvain Courtoux, du 13 mai 2016, sur Emergence FM à Limoges

Avec Avec Chloé Delaume, Anne-Marie Albiach,,Sandra Moussempès, Michelle Grangaud, Marie de Quatrebarbe, Michèle Métail, Amandine André.


A la 27ème minute, Sylvain Courtoux évoque mon travail et passe "Etudes d'interception"





mercredi 11 mai 2016

Remix de "Remake" (extrait de Beauty Sitcom in Acrobaties dessinées, Ed de l'Attente 2012) par Black Sifichi dans son émission Audiometric (Alligre FM)

Un superbe mix de mon audio-poème "Remake"(53ème min) par Black Sifichi inclus dans la playlist de son émission Audiometric sur Alligre FM que vous pouvez écouter ici dans son intégralité :



Cliquer sur le visuel


Playlist (1h30) :
Out Of Vietnam - Archangel
Silo - K2
Jac Berrocal + David Fenech + Vincent Epplay - Where Flamingoes Fly
Joseph Nechvatal w Mathew Underwood - Murmuring Tongue Of Ovid
George Carlin - How language is used to mask truth …
Emmanuelle Gibello - Declaration
Mathias Delplanque - Brachen 6
Biosphere - Chukhung
Biosphere - Space Is Fizzy
Sandra Moussempés - Beauty Sitcom (track 6)
DF TRAM - Sunflower Jam
Jefferson Lembeye - Rosato 2015
Olivia Louvel - O Let Her v 3
Furniker - In the Kitchen
Jason Van Gulick - 3 Rows
Lenny Bruce - The Sick Humor Of…
Martin Del Carpio - The Ballad of Ninfa
Cave Bacchus = Rhys Catham + Black Sifichi + Joseph Nechvatal - extract from Destroyer (non mastered/exclu)
Phil Von - Without Wings
Wild Shores - Mektoub
LANDR - rue des lombards test 8
DJ Click Here - Imposible Maneaua
CATMAN - Liberation Song (original mix)

lundi 8 février 2016

Olwyn Hughes s'en est allée (belle-soeur, éditrice et agent de Sylvia Plath, soeur de Ted Hughes)




Owlyn Hughes ma tante de coeur est partie à 87 ans en début d'année (ci-dessus entourée de ses frères, Gerald Hughes et le poète Ted Hughes).

Il me reste des photos de nos derniers séjour à Londres avec mon fils, l'été 2013 et l'été 2012. Elle était passionnée par l'astrologie et nous parlions de longues heures des thèmes des uns et des autres, elle inspira beaucoup son frère Ted Hughes sur le sujet, lui aussi a beaucoup pratiqué l'astrologie. Amie de mon père, elle vécut dans le Paris des années 60, des moments de fêtes, de rencontres cosmopolites, notamment au Tournon ou se croisaient Chester Himes, Richard Wright, Brel, Mitterand, des acteurs et d'autres figures du Paris de l'époque).




J'ai écrit il y une vingtaine d'années un petit texte sur le trajet improbable (publié dans "Hors Champs") que nous avions fait lorsque j'avais 12 ans en 1978 de sa maison de Londres jusqu'à la maison de Ted Hughes et sa seconde femme Carol, Olwyn n'avait pas son permis (raté une vingtaine de fois) mais avec un humour et un flegme british, elle avait pris la décision de faire le trajet elle-même, en s'arrêtant régulièrement pour boire du vin blanc dans tous les pubs croisés sur la route.


Elle était drôle, bordélique, flegmatique, grinçante et sans pitié pour les médiocres et les bien pensants, mangeant avec les doigts, fumant comme un pompier et reprenant volontiers de ce white wine qu'elle appréciait tant. Ses amants, comme son mari Richard, un irlandais que j'ai connu enfant, étaient des "bad boys" avant l'heure, les relations étaient tumultueuses. Elle aimait ses chats, jouer aux cartes avec ses amis égyptiens qui vendaient des blousons en cuir.

Son rapport à Sylvia Plath est assez déroutant, loin des simagrées dus à la "pipolisation" de Plath auprès de certaines "féministes" dont elle est devenue l'icône victimaire ce que contestait Olwyn (et notamment la mise au pilori de son frère Ted Hughes..).

L'article sur Olwyn dans the Guardian 

mercredi 4 novembre 2015

Voce : la mienne et celle de mon arrière grande tante italienne la cantatrice Angelica Pandolfini

En sautant trois générations, en écoute un audio-poème de ma composition et juste au-dessous, mon arrière-grande tante, Angelica Pandolfini immense cantatrice du début du siècle dont le buste est à la Scala de Milan, c'est la soeur du père de ma grand-mère maternelle italienne Maria Teresa Pandolfini.

J'ai découvert récemment ces enregistrements grâce à Youtube, de mon arrière grande tante datant de 1903, j'ai trouvé son vibrato et sa tessiture très proche de la mienne, très troublant, de constater qu'en sautant deux générations une tessiture pouvait se transmettre.. Le frère et le père d'Angelica, mon arrière grand-père et arrière arrière grand-père étaient eux aussi de grands chanteurs lyriques renommés.

in "Acrobaties dessinées et CD Beauty sitcom", Editions de l'Attente
















mercredi 25 février 2015

vendredi 6 février 2015

Recension d'Anne Malaprade sur Sunny girls, Sitaudis.com

Une recension d'Anne Malaprade sur Sunny girls



http://www.sitaudis.fr/Parutions/sunny-girls-de-sandra-moussempes.php

jeudi 29 janvier 2015

Nouveau livre "Sunny girls" Editions Flammarion, collection Poésie, février 2015

Tout juste sorti de l'imprimerie, mon prochain livre "Sunny girls" paraîtra le 11 février 2015

                                   
"Sunny girls", Editions Flammarion, collection Poésie
Illustration de Joffrey Ferry
210 pages
ISBN : 978-2-0813-4191-3

Disponible sur amazon et dans toutes les bonnes librairies notamment la librairie Texture (Paris 19)

Résumé de l'éditeur (quatrième de couverture) :

L'univers de Sandra Moussempès se situe à la croisée du réel et de l'imaginaire, du monde et de sa représentation, dont ses textes capturent les images et soulignent la part d'illusion. Malgré son titre, ce nouvel ouvrage émerge poutant d'une nuit plus secrète. Il y a beaucoup de références au cinéma et à la vidéo dans "Sunny Girls", mais les scènes qui se déroulent sous nos yeux sont étrangement distanciées : comme si la femme derrière la caméra (ou qui écrit face à l'écran) gardait constamment à l'esprit le caractère irréparaable de son geste : "Eléments du récit épique", les séquences se succèdent ainsi avec la netteté du rêve -ou du film qui en est peut-être l'émanation. Tout le trouble, tout le charme de la poésie de Sandra Moussempès naissent d'un tel écart, accompagnés de cet humour un peu acide qui n'appartient qu'à elle : "les poétesse qui misent sur le banal ne roulent pas en mobylette malgré les apparences". (Yves Di Manno)






Deux poèmes extraits de Sunny girls sur Remue.net

mercredi 18 septembre 2013

jeudi 22 août 2013

à Londres, Virgile et Olwyn Hughes

De retour d'un séjour toujours aussi revigorant à Londres, voici une photo d'Olwyn Hughes, notre "tante" de coeur (soeur de Ted Hughes le poète anglais, belle soeur de Sylvia Plath dont elle fut aussi l'agent et l'éditrice, c'est elle aussi qui répond par voie de presse aux nombreuses polémiques entourant le suicide de Sylvia Plath..) Ci-dessous avec Virgile mon fils en train de jouer aux échecs en 2012 et en 2013 chez elle à Londres.





Ici le texte que j'ai écrit sur notre trajet en voiture pour aller chez Ted Hughes dans le Devon, lorsque j'avais 12 ans, Olwyn conduisait sans permis..

jeudi 4 octobre 2012

Article sur "Acrobaties dessinées" dans le Matricule des Anges (septembre 2012)


Article de Richard Blin dans le Matricule des Anges de septembre 2012 sur "Acrobaties dessinées"




lundi 9 juillet 2012

"Le détournement de l'image cinématique dans la poésie de Sandra Moussempès et de Jérôme Game" par John Stout


Le détournement de l'image cinématique dans la poésie de Sandra Moussempès et de Jérôme Game, chapitre de «Tout peut servir». Pratiques et enjeux du détournement dans le discours littéraire du XXe et XXe siècles" aux Presses de l'Université du Québec, 2011






Extraits :

Le but fondamental de cet article est de problématiser le rapport entre le cinéma et la littérature. Comme le cinéma a si souvent été considéré un art narratif, il est important de constater qu’il existe d’autres approches possibles pour entreprendre une analyse de cet art. Si «l’histoire» présentée peut être vue plutôt comme un prétexte esthétique, alors les aspects visuels d’un film peuvent passer au premier plan. En effet, le côté visuel du cinéma – la place primordiale qu’il réserve à l’image – justifie très certainement un rapprochement avec la poésie. C’est ce genre de rapprochement qui sera la base de mon analyse. Au lieu d’insister sur la primauté de l’histoire que le film raconte, je chercherai à mettre en valeur l’expérience visuelle. Le cinéma se définit, alors, comme une séduction visuelle. L’image au cinéma nous séduit, nous dérange, nous apprend à voir le réel autrement.
Flip-Book de Jérôme Game et «Espoirs sans tain» de Sandra Moussempès ont été créés à partir d’une appropriation d’images cinématiques précises. Les séries de poèmes présentées dans ces deux livres constituent une reprise et une remise en question du contenu de certains films. L’idée du cinéma en tant que machine à produire des histoires est refusée dans les deux textes, où les processus de narration filmiques sont suspendus et/ou détournés afin que l’on puisse s’attarder sur l’image, qui deviendra, par conséquent, de plus en plus étrange.
«ESPOIRS SANS TAIN»

«Espoirs sans tain» est une série de neuf poèmes inclus dans «Vestiges de fillette» (1997), le deuxième livre de poésie de Sandra Moussempès (née en 1965). Texte provocateur et lyrique, violent et tendre, Vestiges de fillette est composé de onze suites de poèmes qui évoquent l’enfance au féminin par fragments, par images coupées et extrêmes. Le nom de «la fillette» change constamment : Madeleine, Marguerite, Alice, Iris, Mina, Daisy, Penny… L’identité féminine s’avère instable, multiple. Une thématique du miroir (ou plutôt du miroir déformant) est à l’œuvre ici. Dans ce texte la discontinuité sert de principe esthétique. Aucun portrait intégral ou sécurisant de la fillette n’y est proposé. Dès le premier poème du livre, on entre dans un monde bizarrement violent :
"Les cheveux et la gorge noués,
Un ruban bleu posé sur le front.
La petite fille trempe une araignée dans l’eau bouillante"

 Aucune mièvrerie ni douceur factice ne sont présentes dans ce texte de S. Moussempès. Elle nous invite, au contraire, à assister à une vision troublante où l’idée de l’enfance, telle que redéfinie par Freud, revient d’un poème à l’autre.

 La deuxième séquence de poèmes, «…ELEMENTS OF REFLECTION», nous plonge dans des fantasmes violemment érotiques :
"Le corps est sanglé sur la chaise
: Les liens marquent sa peau finement striée
[…]
Elle murmure quelques maux inaudibles;
Elle respire, souffle d’extase, à demi compris;"

Vestiges de fillette se situe dans le domaine du fantasme. Il bouscule notre sens de la réalité. La poète a dédicacé ce livre «Aux Alice bleues…du Royaume / - Memory – » et force est de constater qu’Alice au pays des merveilles est un des intertextes clé à travers lesquels Moussempès construit son livre. A la fin, d’ailleurs, on passe à l’autre côté du miroir :

 «je me regarde dans le miroir […] je franchis la frontière».

Parmi les doubles de la fillette qui surgissent dans ces poèmes, la poupée revient à maintes reprises. Une voix déclare, par exemple :
«J’aimerais visiter le musée de Childhood. // Pour voir des poupées avec de vrais cheveux, un château de princesse, une princesse».

Cependant, ces poupées d’enfance deviennent le plus souvent des cibles de violence et de torture chez Moussempès, comme le fait remarquer Anne Malaprade : «Les poupées [de Moussempès] héritent d’ailleurs des souffrances de leurs filles-mères adoptives : les poupons ont la particularité d’être rigides, amputés, violemment dévêtus. Leurs yeux sont crevés, leurs corps, parfois, acéphales». On songera, alors, aux « poupées » de Hans Bellmer – mannequins démembrés, grotesques, objets de fantasmes profondément sadiens.

ESPOIRS’ SANS TAIN : Au-delà de 9 photos de C.Sherman (Vestiges de fillette p. 101-112) s’intègre de façon évidente à cette poétique inquiétante de l’image de la fillette/femme. La poète s’approprie des photos appartenant à la célèbre série des «Untitled Film Stills» créée par la photographe américaine Cindy Sherman. De 1977 à 1980, C. Sherman a produit une soixantaine de photos où elle se déguise, se cachant derrière des images tirées des films des années 1940, 1950 et 1960. Tout en rendant hommage à l’esthétique des films classiques, elle pratique une caricature des images de femmes mises en relief dans ces films. Les photos de Sherman mêlent la vraisemblance et l’exagération de façon saisissante.

La série entière des «Untitled Film Stills» fut présentée pour la première fois en 1995 au Musée Hirshhorn à Washington. Comme l’explique le critique d’art Amada Cruz, «[i]n each picture, Sherman depicts herself alone, as a familiar but unidentifiable film heroine in an appropriate setting ». Ne cherchant pas à évoquer tel ou tel film en particulier, la photographe s’efforce plutôt de reproduire l’effet visuel général des films des années 1940 et 1950. Le genre hollywoodien du «film noir» l’inspire certainement. Sherman se déguise tantôt en séductrice, tantôt en jeune femme vulnérable et mal à l’aise sous le regard masculin. (L’article de Laura Mulvey «Visual Pleasure and Narrative Cinema» est souvent cité dans les discussions critiques de ces photos). Un rapport troublant et ambigu au modèle hollywoodien s’instaure dans ces photos, car Sherman se sert de l’imitation afin de dévoiler les discours sociaux et médiatiques à l’œuvre dans la culture moderne de l’image.

Dans son article «The Making of Untitled», Cindy Sherman indique quelles ont été les premières étapes de son projet portant sur l’image cinématique :
"Barnes and Noble had millions of books about the movies – whole books on Garbo, Eastern European films, silent films, horror films, film fads. These were my textbooks, my research […] I liked the Hitchcock look, Antonioni, Neorealist stuff. What I didn’t want were pictures showing strong emotion. In a lot of movie photos the actors look cute, impish, alluring ; distraught, frightened, tough, etc. but what I was interested in was when they were almost expressionless. Which was rare to see ; in film stills there’s a lot of overacting because they’re trying to sell the movie."

Elle entreprend donc la tâche de placer l’image cinématique à une distance critique, la séparant du marché capitaliste auquel l’industrie du cinema reste soumise. Le rapport au cinéma que ces photos révèlent est à la fois intense et ambivalent.

C’est la mise en scène de l’identité féminine dans les «Untitled Film Stills» qui a attiré le plus d’attention. Plus loin dans «The Making of Untitled» Sherman offre des remarques qui éclairent la signification de cette espèce de mise en scène :

"I suppose unconsciously, or semiconsciously at best, I was wrestling with some sort of turmoil of my own about understanding women. The characters weren’t dummies ; they weren’t just airhead actresses. They were women struggling with something but I didn’t know what. The clothes make them seem a certain way, but then you look at their expression, however slight it might be, and wonder if maybe ‘they’ are not what the clothes are communicating. I wasn’t working with a raised ‘awareness,’ but I definitely felt that the characters were questioning something – perhaps being forced into a certain role. At the same time, those roles are in a film : the women aren’t being lifelike, they’re acting. There are so many levels of artifice. I liked that whole jumble of ambiguity."

En reprenant ces images de Cindy Sherman afin de les transformer en descriptions verbales, en textes d’une page ou d’une demi-page, Sandra Moussempès souligne la métaphore du miroir. En effet, ses neuf poèmes inspirés des images de Sherman portent le titre générique de «Reflets». Les images de Hollywood sont répétées et déformées par la photographe ; Moussempès, à son tour, va refaire et déformer les images de Sherman. «Reflet 1», le premier des neuf poèmes, présente l’image suivante :
"Lèvres dévastées, le rouge vif déborde, les yeux sans fin au contour aguicheur, elle s’accroupit (pagne mauve lèvres offertes tee-shirt près du corps), regarde au loin, les traces noires autour des yeux, sourcils maladroitement repeints de la main d’une enfant, la lumière opaque, moue de fillette, rayons roses sur le corps, secret de la paille autour des cuisses refermées, elle s’imagine de l’autre côté du miroir."

Cette description créée à partir d’une photo de C. Sherman – comme la série des photos des «Untitled Film Stills» dans l’ensemble – appartient au domaine du «simulacre». Comme l’affirme Jean Baudrillard, la simulation est devenue une caratéristique générale de la société contemporaine. Dans ce monde de la simulation, précise-t-il, «[i]l ne s’agit plus d’imitation, ni de redoublement, ni même de parodie. Il s’agit d’une substitution au réel des signes du réel». Baudrillard ajoute que «[s]imuler est feindre d’avoir ce qu’on n’a pas […] [L]a simulation remet en cause la différence du ‘vrai’ et du ‘faux’, du ‘réel’ et de l’ ‘imaginaire’». Il identifie quatre phases successives de l’image. Si on appliquait son modèle aux photos de C. Sherman, reprises et retravaillées par S. Moussempès, ces photos appartiendraient à la quatrième et dernière phase donnée, celle du pur simulacre.

Telles seraient les phases successives de l’image : elle est le reflet d’une réalité profonde,
elle masque et dénature une réalité profonde, elle masque l’absence de réalité profonde,
elle est sans rapport à quelque réalité que ce soit, elle est son propre simulacre pur

Les photos de C. Sherman présentent des copies déroutantes d’images de femmes imaginaires jouées par d’autres femmes. De telles photos «masquent l’absence de réalité profonde», pour reprendre la formule de Baudrillard. Les descriptions verbales incluses dans Vestiges de fillette, étant encore plus détachées d’une source réelle, seraient, alors, «[leur] propre simulacre pur». Puisque Moussempès met en relief l’emploi des miroirs, des perruques et du rouge à lèvres dans ses poèmes d’ « ESPOIRS ‘sans tain’», une esthétique du simulacre se présente de façon consciente dans ces poèmes. C’est ainsi qu’une remise en question critique de l’assujettissement de la femme/fillette au système artificiel du simulacre a lieu :

"Ouverture lisse de la jambe, emblème des cheveux de paille, symbole fardé de sa patrie. La modernité l’envahit, à perdre le souffle, elle vit sous l’écroulement de son propre corps, comme une valse qui bat la mesure, elle ne trouve jamais le sommeil. Les cycles la perturbent, Carrie, Lee-Ann ou Kimberley, […] [E]lle est une enfant trompée, les sourires faciles, la perruque blonde, les joues bouffies par l’alcool, elle utilise le simulacre à perte de vue, glamour, D-E-S-I-R-E, en anglais dans le texte. Articule quand tu parles, réveille-toi, pense à tes aieuls, oublie les sourires englués, fuis les motels et les strip-teases glauques de Las Vegas…"
Qu’est-ce qu’il y a derrière ces images ? Des signes qui renvoient à d’autres signes. Une surface où règne l’artiifice. La fillette de Moussempès et les femmes de Sherman se trouvent prises dans le royaume dont il n’est plus possible de « sortir » (...)

 John Stout, 2011

(Extrait du "Détournement de l'image cinématique dans la poésie de Sandra Moussempès et de Jérôme Game" de John Stout in «Tout peut servir». Pratiques et enjeux du détournement dans le discours littéraire des XXe et XXe siècles" aux Presses de l'Université du Québec, 2011)



lundi 26 janvier 2009

"Ecrits" de Claude Cahen

"Ecrits" de Claude Cahen, édition présentée et établie par François Leperlier (ed. Jean-Michel Place)


"L'important c'est d'être princesse" explique Claude Cahen dans un de ses mini contes de fées pas toujours fées, plutôt strangulées dans un effet de serre, de style mis à nu en débris lymphatiques.

De minuscules cadres, des ciseaux pour couper ce qui dépasse, recoudre à l'envers, tolérer les impasses. Claude Cahen aimait à se photographier (c'est que l'on connaissait d'elle) se peindre, se coller, mais d'un amour douloureux, une mise en déroute de son être tout entier. Son écriture est longtemps laissée sur le carreau, loin des miroirs, avec en éclaireur, son oncle Marcel Schwob auteur entre autre de la "Lampe de Psyché".

Elle se voit : "arriviste de l'âme" se retient d'être trop présente. L'écriture est acerbe pointue comme une aiguille. Le tout pour une duchesse surannée, au curieux crâne désaffecté (vues et visions de camps décimés). Lucy Renée Mathilde rebaptisée claude comme d'autre George. Elle répond à la question biaisée : "Individualisme ? Narcissisme ? Certes. C'est ma meilleure tendance, la seule intentionnelle fidélité dont je sois capable."

Entre détours politiques et poèmes ciselés, quelques rares photos. Il faut fouiller pour trouver le fil conducteur, s'engouffrer dans l'énorme mémorisation : Sur l'homme : "mon prince charmant n'est autre que Dieu le père". Sur le surhomme : "éternellement désincarné [...]j'adore Dieu le Fils". Sur Dieu : " le mot Dieu est nécessaire puisqu'il est".

Elle décrit l'arrivée de prisonniers dans un camp nazi "les corps privés de vêtements, de cheveux" (comme dans ses futurs autoportrais). Dans le dernier texte, elle évoque : "Tout habitant du pays sans miroirs", une prose concise et complexe : "Vers je, vers tu, nous alons cahin-caha, mon pronom personnel haïssable". Et se découvre : "traduisant ma vie tragique par leur vie triviale".

Au delà de tout engagement politique ou esthétique, en tant que femme et artiste aux multiples talents, Claude Cahen interroge les voix fluides du néant.

Sandra Moussempès
Chronique publiée en 2003 dans les Cahiers Critiques de Poésie 5 (Cipm).

mardi 23 décembre 2008

Ray di Palma : le tombeau de Réverdy

Ce recueil se présente comme le carnet de notes d'une enquête improbale autour notamment du tombeau/oeuvre de Reverdy. Il n'est pas question de résolution car "les questions recouvrent de peau la question de la peau" mais de reconnaître la peur "dans le fondu au noir". Par cette lévitation du sujet, le lecteur peut se construire son propre monde Réverdy, d'après des "documents reconstitués dans un coin à peine éclairé". C'est avec l'esquisse, le mélange des gens et des genres que Ray di Palma entend animer ce qui n'est plus. Sa langue jamais saturée de mélancolie, évoque plutôt une "hystérie résignée" ; un dénivelé où la poésie de RdP. "Emportant la roue emportant l'espace qu'elle prolonge" exprime toute sa subtilité. Ce livre doit être lu et relu de façon préméditée, méditative, jusqu'à l'obstruction des points de visibilité, sans vulnérabilité. En "privilégiant l'attente" pour un "enchantement final".

Article de Sandra Moussempès paru dans le Cahier Critique de Poésie n°6, sur "Le tombeau de Reverdy" de Ray di Palma

Ariel de Sylvia Plath, Birthday Letters de Ted Hughes

Ariel de Sylvia Plath

Le recueil a été écrit principalement, les six derniers mois qui ont précédé le suicide de S. Plath. Ted Hughes, son mari et poète célèbre, sélectionnera les poèmes. Depuis le départ de Ted, S.P écrivait tous les jours à l’aube, ses deux enfants en bas âge dormant à côté. Sa vie perturbée fut le matériau de son écriture sensorielle et innovatrice. Les poèmes d’Ariel sont ceux de la perte : du père mort quand elle avait 9 ans puis du mari infidèle : « Un sourire est tombé dans l’herbe / Perte irréparable ! / Et comment tes danses nocturnes / Se perdront. En mathématiques ? » ou encore dans « Daddy » : « Le téléphone noir est coupé à la racine, / Les voix ne peuvent plus ramper jusqu’à nous». C’est pendant cette période de dénuement que Plath écrira ses plus beaux poèmes. Comme s’il lui avait fallu sacrifier sa vie confortable et académique, pour devenir enfin ce qu’elle pressentait, dans une lettre adressée à sa mère : «Je suis un écrivain génial, je suis née pour écrire, je suis en train de composer les meilleurs poèmes de ma vie.»

Par Sandra Moussempès

*

Birthday Letters de Ted Hughes

C'est le livre des émotions ressurgies, trente-cinq ans après le sucide de la poétesse Sylvia Plath. Une mémoire vive des sept années de mariage unissant Ted (mort récemment) à la jeune femme de l'époque. Les poèmes se lisent comme un récit prosodique, "qui pouvait jouer Miranda ? Personne d'autre qu toi.", hommage à la femme aimée, admirée puis quittée. Minutieux détails de cette dévotion ravivée. "La sévère l'autère Emily qu'aurait-elle fait de tes regards effrontés". rêves tourmentés de Sylvia : "un brochet [...] et dans son oeil, un foetus humain palpitait". Ted, poète de la Reine, à qui l'on conseilla d'écrire sur une maison hantée, savait-il que cette épouse blonde et brillante mais aussi "déluge noir" à jamais attachée à un père mort trop tôt, ressemblerait à cette maison : "celui qui y pénètre ne la quitte jamais complêtement". Sans réèl enjeu formel, le livre est une superbe litanie.

Par Sandra Moussempès

Ces deux articles ont été publiés dans les Cahiers Critiques de Poésie du Cipm en 2003

Assymétrique Sylvia Plath et autre trajet rocambolesque

Je viens de lire le journal intime de Sylvia Plath ; il semble avoir été écrit pour la publication. Etonnamment bien écrit pour une vocation privée.

Drôle de retour, après un détour de 20 ans.

Ce lien invisible existait depuis l'enfance ; Sylvia Plath étant la belle-soeur d'Olwyn, l' amie anglaise et fidèle de mon père. Olwyn, soeur de Ted Hughes. Editrice et agent du couple, celle qui haïssait les féministes accusant Ted Hughes de la mort de Sylvia, celle qui est encore lasse de cette mythification mortuaire dont elle ne veut parfois plus entendre parler. Olwyn, ma tante d'adoption qui ne m'a jamais conseillé de lire les livres de Sylvia (que j'ai découverts très tard toute seule de mon côté avec une grande joie). Avec qui nous parlons toujours d'astrologie...



Et mon désir d'Angleterre encore invisible.

En 1978, j'avais vu la maison du Devon et la fille de Sylvia, Frieda à l'âge ingrat, son fils Nicolas avec qui on voulait me "marier" pour rire. La seconde femme de Ted Hughes, Caroll, faisait cuire du mouton à la menthe, des oeufs, des saucisses, du bacon. Elle était active et souriante comme il se doit chez ce type de femme. Une femme d'intérieur douée pour la "gestion domestique", constamment dans sa grande cuisine , dans cette même cuisine pensais-je à tort, où Sylvia avait pu terminer sa vie. Le voyage avec Olwyn au volant avait été épuisant parce qu'elle ne savait pas conduire (en Angleterre c'est possible de conduire sans permis). Douze heures donc pour faire quatre cent kilomètres parce qu'elle s'arrêtait pour boire du vin blanc dans un pub à chaque arrêt "repos". Malgré mes 12 ans, je connaissais les dangers de la route et de l'alcool au volant, mais il ne fallait rien dire pour ménager sa susceptibilité ; elle montait sur le trottoir d'en face et conduisait comme en France, à droite, il ne lui était pas "naturel" de conduire à gauche disait-elle, malgré ses origines bien anglaises, elle disait cela dans un grand éclat de rire contagieux. (...)Arrivées, miraculées que nous fumes, après ce long voyage déroutant, la voiture avait perdu tous ses rétroviseurs, arrachés suite aux nombreuses effractions routières de notre conductrice amatrice de white wine et son frère Ted Hughes nous attendait dans toute sa superbe devant sa grande maison, flegmatique et à peine étonné en constatant l'état de la voiture de sa soeur dont il connaissait bien les frasques au volant...


Extrait de "Hors champs" CRL Franche Comté, 2001

Taeko Kôno : La chasse à l'enfant




Taeko Kôno
J'ai lu jusqu'au bout La chasse à l'enfant et j'en ressors, ragaillardie. Je regarde son petit visage sur la quatrième de couverture, sage et carré avec de grosses lunettes d'institutrice. Dans les pages elle désire les petits garçons (cela nous change du mythe du héros vieillissant et de sa muse jeune et fraiche) elle les désire et c'est dans ce désir que se présente une réèlle subversion car on ne "consomme pas" ici on est pas chez une Catherine Millet dont la mécanique des sexes analysée non sans talent, n'a pas pour objectif de troubler ou de perturber mais d'énumérer au regard d'une narration qui se veut méthodique voire chirurgicale. Ici on est vraiment dans le trouble et l'inquiétante étrangeté du désir esthétique, il n'y a pas de concept ou de posture mais l'expression du tabou et sa spontanéité surtout lorsque le tabou est aliéné au sexisme lisse de nos temps modernes (l'homme vieillissant et sa jeune muse dénudée n'ont malheureusement pas pris une ride même dans des textes dits avant gardistes, l'inverse n'étant visiblement pas encore littérairement correct en France). Dans une autre nouvelle, l'héroine décrit la beauté cruelle d'une femme attachée par son mari bossu. Aucune psychologie explicative, une littérature acérée sans compromis. La première apparence de morbidité laisse finalement place au simple imaginaire de l'innocence aussi dans la description de ce qui dans l'objectivité informative choque pourtant moins que dans un livre, finalement le genre littéraire de création reste parfois plus censurée que ce que les médias tentent d'un autre côté de faire ingurgiter a leur spectateurs dans des mises en scènes véridiques (la psychologie de masse instrument de destruction massive sous l'apparence tranquille d'un petit déjeuner en famille ricorée)..Mais continuons..
Je me souviens de ma première réaction. Je découvre le livre chez un autre écrivain en résidence à la Saline d'Arc et Senan, le titre fait écho. Il ne peut me le prêter, ce livre ne lui appartient pas. Je le commande, difficile à trouver, il est sorti il ya plusieurs années déjà. Quinze jours après je vais le chercher à Besançon. Dans un premier temps, je déchire le livre comme pour contrer le sort, je déchire le livre neuf, tout juste acheté. Il me fait peur. Les zones d'ombre la morbidité fétichiste, les jeux de rôle, tout cela donne un sentiment de malaise. Quelques jours après, la corbeille sous le bureau n'est toujours pas vidée, je relis peu à peu quelques pages, le texte surprenant de beauté. Je récupère le livre qui n'est pas détruit. J'apprends à déchiffrer. Taeko Kôno rejette toute mièvrerie ou "bons sentiments" de groupe. Elle s'est écartée de son sujet pour mieux le saisir, elle dit le réèl des pulsions humaines, c'est sufisament rare (peut-être pas au Japon) pour être notifié...

Sandra Moussempès 2001
Une courte biographie de Taeko Kono