lundi 12 octobre 2009

Poème

"dose tes vibrations lui ai-je conseillé
devant un arbre vieux d'un siècle

les mardis je vais dire les non-dits à la premère venue dans une voiture jaune, les bonzaïs sont dépoussiérés chaque jour par une main-d'oeuvre à bas prix, je dis les non dits à chacun des travailleurs en anoraks ou aux femmes dévoilées qui passent l'aspirateur dans les vergers, je leur explique aussi d'autres fonctions sociales-la distance qu'il faut mettre-les méchantes et les gentilles infirmières-la surprise brodée-la fabrication de couples métamorphosés-

l'autre se veine en vain m'apprivoise par petites touches s'accoude aux idées reçues dans le divorce on dit "je m'apprête à partir en randonnée je fais du ski l'été mai je m'en vais ensuite vers plus de meurtre"

ou bien-"si tu veux je saute une fille moins belle, mais au fond de toi on sent une joie"

c'est pour ça que je t'ai choisie dans mon film tu verras tu seras lisse et incomprise avec un charme désuet à moins de stopper cette affaire définitivement cette affaire-là"

Extrait de Photogénie des ombres peintes Flammarion, collection Poésie, 2009

samedi 31 janvier 2009

Corps de lumière

Pour qu'il puisse se remplir les yeux d'un "miroir-présent"

Il y a une femme avec une coupe au carré à l'intérieur du miroir

La femme est entièrement sombre, il s'agit d'un fantôme obscur

Observant de sa place privilégiée les allées et venues des autres personnages

Ceux qui se reflètent sur le bris de glace
Ceux qui ont un corps lumineux et visible

Faudrait-il pour autant oublier que l'espace est fondu dans la masse d'informations
(et ce soir-là elle reçut plusieurs coups de fil dans ce sens)

Ces miroitements sont donc les fondements d'une abnégation

Le visage renferme le "sens";

A droite du miroir un morceau de main tenant une feuille

Ce visage ces yeux noirs alanguis, cette feuille de papier forment un tout "purement
cinématographique".

Extrait de "Photogénie des ombres peintes" (éditions Flammarion, 2009)

mardi 27 janvier 2009

Presse (extraits)

A propos de Photogénie des ombres peintes (Editions Flammarion, 2009)

"Jouant des masques et du secret comme de l'arbitraire et des vertiges de l'image, c'est le battement de la parole à l'intérieur d'elle-même que poursuit Sandra Moussempès dans son nouveau recueil. Avec quoi se débat-elle ? Quelle érotiqe du temps et du secret ? Quelle expérience de dessaisissement ? Quelle volonté d'arracher la beauté au vertige ? quel impossible ? Après Vestiges de fillette (1997) et Captures (2004), les sept séquences qui composent Photogénie des ombres peintes continuent à interroger les écrans trompeurs de l'apparence, l'instinct de liaison comme les pulsions de déliaison et toutes les formes de divergence et de distorsion à l'oeuvre dans le triangle que forment l'amour, la vie et le langage (...)"

Richard Blin, le Matricule des Anges

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A propos de Biographie des idylles (Editions de l’Attente, 2008) :

"Biographie des idylles compose un synopsis de matière mentale, à l’écriture mouvante, précieuse, étonnante, mystérieuse, science-fictionnante, subliminale, féérique. C’est le résumé d’un film d’amour en ébullition qui oscille entre le merveilleux et la science-fiction. On donne des baisers, on croise des princesses and Alice in wonderland, on apprend des axiomes difficiles : « La robotisation de l’espèce entraîne les marées montantes. » On glisse du réel à l’imaginaire ou de l’imaginaire au réel cinématographiquement, passant d’une pensée à l’autre comme on passe d’une image à l’autre, sans raccord. »

Pascale Petit, Cahier critique de poésie

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"Sandra Moussempès cadre à sa façon le spectacle des apparences, découpe une réalité qu’on dirait déjà saturée de sens imposé. Elle fixe des scènes, des blocs d’intensité, des traces d’affects. Une belle manière d’être là et de se perdre entre « évidences hasardeuses » et « l’exact opposé du verbal »."

Richard Blin, Le Matricule des Anges


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A propos du Seul jardin japonais à portée de vue (Editions de l’Attente, 2005) :

"Pris dans leur ensemble, chacun des épisodes expliquent métaphoriquement (et formellement) comment un jardin japonais englobe le paysage situé au-delà de ses limites dans son effet esthétique : pareil à la parole qui est du pur sens en train de tout induire. »

Mathieu Nuss, Cahier Critique de Poésie

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« Des plans se croisent, des axes se déboîtent, des images se perdent hors-cadre, comme pour mieux souligner la dislocation douce ou les forces de distorsion à l'oeuvre sous l'éros. En peintre, en poète, en photographe, Sandra Moussempès suggère le processus d'interaction continue qui ne cesse d'entamer ce qui se forme, ou de corroder ce qui voudrait s'éterniser. Entre écriture en apnée et tentative de réappropriation de signes, de signaux, Le Seul Jardin japonais à portée de vue semble témoigner tout autant d'un désir de résistance à la pression du réel que d'une volonté de (re)construire la demeure de l'être ».

Richard Blin, Le Matricule des Anges

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"Voici un bien joli ensemble de Sandra Moussempès que l'ARPEL-alors CRL- a reçue en résidence. Elle y affine son travail singulier qui flirte avec l'enfance, savant mélange d'extrême rigueur et de vraies-fausses coïncidences où les frivolités admirables jouent à la marelle avec des règles de langue autonomes et complexes. Tout ceci donne un résultat particulièrement séduisant."

Claude Chambard, Lettres d'Aquitaine

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A propos de Captures (Editions Flammarion, 2004) :
Gras
« Refusant l’emphase comme le pathos, Sandra Moussempès met l’ailleurs dans l’ici, l’ombre dans la lumière, le secret dans l’éclat. Un univers, ou le poème, bien plus que d’un acte de communication, relève du talisman et du vestige comme de cette beauté secrète qui rend aux cris des anges leur vérité intime. »

Richard Blin, Le Matricule des Anges

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"Que de « petites saignées« , de « pensées à sectionner » de tentatives pour retrouver une « princesse psychique » ou « se prendre d’amitié pour une pin-up surdouée, neurologiquement incorrecte ». (….) Sandra Moussempès sort de son tableau pour tenter de peindre avec tendresse une vérité. Livre cruellement beau."

Gaspard Hons, le Mensuel littéraire et poétique

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"Des clichés détournés, non sans humour et mis à distance par le biais de l’imaginaire, voire d’une forme de paranormal (on est pas loin ici d’un David Lynch, puisque chez Moussempès, chaque cadre du réèl peut etre soudain pris dans une vision aussi déformante que déstabilisante ). Et de la même manière que, dans un conte, la magie et le merveilleux côtoient au plus près la cruauté, ces poèmes-négatifs-photographiques accentuent les ombres, troublent les identités, multiplient les tonalités (ironiques, blessées, espérantes, distantes, élancées, etc.), des voix féminines essentiellement, qui viennent s’exprimer là. Une poésie comme l’écrit Moussempès dont « le rythme se déplace en murmures/se positionne à l’intérieur du creux » et qui est « soigneusement imbriquée dans l’échancrure du cortex »."

Lionel Destremau, Cahier Critique de Poésie

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"Sandra Moussempès, grâce à des bourses de résidence à vécu à Londres, Rome, Kyoto, qu’évoquent certains poèmes de son troisième recueil Captures. Un ouvrage composé de dix séquences narratives parfois douces et étrangement obsédantes, comme la première « son père en songe réèl » souvent plus obscures et troublées mêlant tensions et pulsions, hantises et « rituels conjuratoires ». "

Monique Petillon, Le monde des Livres

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"La poésie audacieuse de Moussempès confirme, depuis les premiers textes de Danielle Collobert, qu'il existe vraiment une écriture proprement féminine dans la poésie d'aujourd'hui (...). "Aux nénuphars inquiétés d'une présence : je répond/la bouteille est vide/temps ort et sur le bras/j'observe un dégradé tout en lisant votre livre". Puisse cette voix se répéter et nous résonner longtemps encore."

Tierry Clermont, Journal du Marché de la Poésie

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A propos de Hors Champ (CRL Franche comté) :

"Résidence. Regarder les autres se mouvoir. M Christian est de service. Description des bâtiments. lecture journal de Sylvia Plath. Souvenir d'enfance. La route avec Olwyn. Villa Médicis. Livre de T Kono. Rejet. Déglutition. (...) Jumelles zen branchées. La vie comme du body art. (...).

Nadine Agostini, Cahier Critique de Poésie

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A propos de Vestiges de fillette (Editions Flammarion, 1997) :

« La poésie de Sandra Moussempès, en contrepoint d’une narration existentielle, explore tout autant les différentes possibilités d’écriture, quête dans l’aléatoire du fragment la potentialité d’un récit, d’un sens (et en cela tient au plus près de la poésie contemporaine, de la recherche d’une voie où tradition et modernité, lyrisme et prosaïsme marcheraient de concert) qu’elle parvient à dire la perversion de l’évolution humaine (…). »

Lionel Destremau, revue Prétexte

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"Une écriture elliptique , le plus souvent, d’une belle et sombre simplicité, sans excès de trucs éculés et de dispositifs typographiques. Vestiges de fillette est assurément un livre étonnant, du fait de l’équilibre toujours sauf entre l’élan lyrique et la réduction prosaÎque, sans concessions qui le dénonce. L’originalité de ton est grande."

Philippe Delaveau, le Nouveau Recueil

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"Sa poésie à l’exacte jonction du savant et du naïf, morcelle et le corps et l’espace de narrateurs, petites filles, poupées et autres ambigues figures de langues. Délicieuse et sucrée comme un bonbon rêvé, violente et délicate comme une épice rare, sa langue est rare et pourtant naturellement prodigue. Prodigue parceque généreuse et pourtant étrangement détachée comme un rêve de soi, comme un désir dont l’objet est toujours retardé (…). On est pas loin par exemple d’un David Lynch. "

Claude Chambard, Les Lettres d’Aquitaine

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"Exercices d'incendie puis Vestiges de fillette réunissent ainsi les pièces d'un procès qui n'est plus à poursuivre, regroupant des éléments preuves -souvenirs, anecdotes, pièces à conviction, scènes, photographies, traces matérielles ou volatiles -qui meublent une mémoire outrée par ce que le passé a pu recouvrir. Démeublent également, puisqu'il ne s'agit surtout pas de préserver le passé, ou de le conserver intact: qu'il brûle au contraire, consumant son lot de scènes originelles. (...) Blue Velvet l'atmosphère est douce et ardente, les violences sachant se faire carresses. (...)"

Anne Malaprade, 14 poètes, Prétexte Editeur

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"Mises en scène, jeux, exercices incantatoires, libératoires : un projet d’auto-métamorphose. Ou simplement un changement de robe. Le trousseau de la poupée est remisé dans la valise cretonne, l’histoire peut commencer. (…) Sur ce beau livre de dents de lait, d’odeur d’enfance, flotte comme un désir d’offrande, de pureté. De spiritualité ?"

Revue Ascèse

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« L'écriture emprunte aux miroitements stroboscopiques leurs éclats, leur puissance de révélation fugitive. Illuminations brèves. Découverte des "mille et une facette de son image". Lumières précipitées dans l'obscur : "La nuit profonde et les éclairs dans le ciel noir sont le fond étanche de votre éclat désordonné". (…) Constante et délibérée modification des stratégies d'écriture. Réponse construite en vertige. Un livre où, dans l'invention de sa forme, la poésie saurait prendre des risques vis-à-vis d'elle-même. Vestiges de fillette, avec ses défauts, grâce à ses défauts, participe magnifiquement de ce risque. »

Xavier Person, Le Matricule des Anges

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"Il y a par-delà du langage quelque peu "branché ou mode" (mais après tout il s'agit bien ds "vestiges d'une fillette", photos de mode glamour, ou rouge à lèvres, miroir de salle de bains, bretelles à dentelles ou yeux fushia), un étonnant usage du lieu commun dont l'énonciation volontairement minimale provoque comme un retour du banal. (...) Ce livre, ces vestiges sont les simulacres du réèl, de l'enfance, de la poésie même dont l'auteur simule les formes pour mieux les faire imploser."

Benoît Conort, Le français dans le Monde

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"(...) Scissors and knives play an important part in these prose poems of dismemberment, whose Freudian shadow is never far. The birth trauma and the trauma of death are coequals in Vestiges de fillette. The narcissistic mirror of Moussempès's clippings has a vague taste of Cocteau;her dancing dolls are reminscent of The tale of Hoffmann. Much of her world is mechanical or artificial, like the frequent references to an excess of makeup.(...) In the cathles and cathedrals of this volume there also lurks the shadow of the Marquis de Sade. (...) readers of Vestiges de fillette will come away with a sens of dis-ease, but also with an admiration for a language of childhood vigorously renewed : "J'ouvrais mes veines et je dansais la nuit"."

Mechtild Cranston, World Literature Today, Clemson University

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A propos d’Exercices d’incendie (Fourbis 1994) :

« Sandra Moussempès, écrivain, n’est pas l’enfant des frères Perrault. Elle serait plutôt l’arrière petite fille d’une Marie Shelley séduite (enfant) par un Lewis Caroll au meilleur de sa forme. Ainsi nous sommes conviés à un curieux bal ou s’exécutent d’étranges figures assez inquiétantes. (…) »

Liliane Giraudon, Action Poétique

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"Le premier livre de Sandra Moussempès, Exercices d’incendie laisse affleurer une qualité d’écriture rare. Une singularité acérée presque perverse. (…) Elle ne se contente pas de traverser le miroir, elle ouvre son monde interdit et prétend en y réussissant à continuer d’avoir l’âge de faire la conversation aux petits chats. En quelques bouts de phrase, en quelques morceaux de prose elle passe du coté de la poésie et la secoue un peu. (…)"

Véronique Vassiliou, Journal de la Biennale internationale des Poètes en Val-de-Marne





lundi 26 janvier 2009

Repris de "mes écrits sur les autres.."

Ecrits de Claude Cahen (ed. Jean-Michel Place)

"L'important c'est d'être princesse" explique Claude Cahen dans un de ses mini contes de fées pas toujours fées, plutôt strangulées dans un effet de serre, de style mis à nu en débris lymphatiques. De minuscules cadres, des ciseaux pour couper ce qui dépasse, recoudre à l'envers, tolérer les impasses. Claude Cahen aimait à se photographier (c'est que l'on connaissait d'elle) se peindre, se coller, mais d'un amour douloureux, une mise en déroute de son être tout entier. Son écriture est longtemps laissée sur le carreau, loin des miroirs, avec en éclaireur, son oncle Marcel Schwob auteur entre autre de la "Lampe de Psyché". Elle se voit : "arriviste de l'âme" se retient d'être trop présente. L'écriture est acerbe pointue comme une aiguille. Le tout pour une duchesse surannée, au curieux crâne désaffecté (vues et visions de camps décimés). Lucy Renée Mathilde rebaptisée claude comme d'autre George. Elle réponde à la question biaisée : "Individualisme ? Narcissisme ? Certes. C'est ma meilleure tendance, la seule intentionnelle fidélité dont je sois capable." Entre détours politiques et poèmes ciselés, quelques rares photos. Il faut fouiller pour trouver le fil conducteur, s'engouffrer dans l'énorme mémorisation : Sur l'homme : "mon prince charmant n'est autre que Dieu le père". Sur le surhomme : "éternellement désincarné [...]j'adore Dieu le Fils". Sur Dieu : " le mot Dieu est nécessaire puisqu'il est".
Elle décrit l'arrivée de prisonniers dans un camp nazi "les corps privés de vêtements, de cheveux" (comme dans ses futurs autoportrais). Dans le dernier texte, elle évoque : "Tout habitant du pays sans miroirs", une prose concise et complexe : "Vers je, vers tu, nous alons cahin-caha, mon pronom personnel haïssable". Et se découvre : "traduisant ma vie tragique par leur vie triviale".
Au delà de tout engagement politique ou esthétique, en tant que femme et artiste aux multiples talents, Claude Cahen interroge les voix fluides du néant.

Sandra Moussempès, chronique publiée dans les Cahiers Critiques de Poésie 5 (Cipm).

lundi 19 janvier 2009

Croisements

Présentation de "29 Femmes une Anthologie", Paris, 1994, première assise en partant de la droite

Son père en songe réèl

Son père en songe réel dans un autre café IX

"il a le même rire, le même sourire, le même regard, le même cigare, la même chemise, ouverte sous la chaleur, le même style de femme, la même attention, le même besoin d'affection, de vérité, de proximité, ses yeux sont bleus, aussi bleus, il a confiance en lui, il inspire confiance, il se lève, il appelle un chien qui n'est pas le sien, il n'a pas les mêmes chaussures."


Sandra Moussempès, extrait de "Captures" (Flammarion, 2004)

dimanche 28 décembre 2008

Poétique d'une auto-fiction : les vases communiquants

Penny prose au japon penny est un condensé d'alice in wonderland, emily d ou b suivant l'époque, penny c'est la petite soeur oubliée mi française mi anglosaxonne, une identité encore segmentée à faire "fructifier" dans le temps, décocotion emblematique, linguiste altruiste à ne pas mettre entre toutes les mains.. cela nous repose la question de l'attachement : valeur cérébrale célébrée ou encore n'évoquant rien pour le lecteur.. attachement d'exception..

"Le mystère de la parole est la façade pour ne jamais signifier ce que tu dis"Kristin Prevallet (poétesse américaine)

Cette phrase pourrait rejoindre de façon littérale ma propre vision des faits :

"je est le pli qui révèle tout à tu sans plus tarder ce qui nous hante encoreà présentpar exemple l'exact opposé du verbal "

(extrait de Biographie des idylles et de Photogénie des ombres peintes à paraître l'automne prochain)

ainsi l'écriture se condenserait en extraits latéraux en visions dédramatisées afin de penser/panser l'autre et son contenulittéraliser ces récits en complétude des vies "multiples" parfois interchangeables des typologies d'humains qui nous entoure :

"la presqu'île du miroir photographique, la maman et la putain, la sorcière et la fée, la princesse ou la reine mère ont un pistolet braqué sur elles, je dis bien un pistolet, que l'équipe technique aura eusoin de faire briller en amont ; cette idée de la pulsion qu'ils se font tous, la femme fantôme, ignorée dans sa décoction, va la briser par un regard, en un fraction de seconde, sur la pellicule, lorsque ses joues abricot passent au gris et vice et versa... "

mardi 23 décembre 2008

Ray di Palma : le tombeau de Réverdy

Ce recueil se présente comme le carnet de notes d'une enquête improbale autour notamment du tombeau/oeuvre de Reverdy. Il n'est pas question de résolution car "les questions recouvrent de peau la question de la peau" mais de reconnaître la peur "dans le fondu au noir". Par cette lévitation du sujet, le lecteur peut se construire son propre monde Réverdy, d'après des "documents reconstitués dans un coin à peine éclairé". C'est avec l'esquisse, le mélange des gens et des genres que Ray di Palma entend animer ce qui n'est plus. Sa langue jamais saturée de mélancolie, évoque plutôt une "hystérie résignée" ; un dénivelé où la poésie de RdP. "Emportant la roue emportant l'espace qu'elle prolonge" exprime toute sa subtilité. Ce livre doit être lu et relu de façon préméditée, méditative, jusqu'à l'obstruction des points de visibilité, sans vulnérabilité. En "privilégiant l'attente" pour un "enchantement final".

Article de Sandra Moussempès paru dans le Cahier Critique de Poésie n°6, sur "Le tombeau de Reverdy" de Ray di Palma

Ariel de Sylvia Plath, Birthday Letters de Ted Hughes

Ariel de Sylvia Plath

Le recueil a été écrit principalement, les six derniers mois qui ont précédé le suicide de S. Plath. Ted Hughes, son mari et poète célèbre, sélectionnera les poèmes. Depuis le départ de Ted, S.P écrivait tous les jours à l’aube, ses deux enfants en bas âge dormant à côté. Sa vie perturbée fut le matériau de son écriture sensorielle et innovatrice. Les poèmes d’Ariel sont ceux de la perte : du père mort quand elle avait 9 ans puis du mari infidèle : « Un sourire est tombé dans l’herbe / Perte irréparable ! / Et comment tes danses nocturnes / Se perdront. En mathématiques ? » ou encore dans « Daddy » : « Le téléphone noir est coupé à la racine, / Les voix ne peuvent plus ramper jusqu’à nous». C’est pendant cette période de dénuement que Plath écrira ses plus beaux poèmes. Comme s’il lui avait fallu sacrifier sa vie confortable et académique, pour devenir enfin ce qu’elle pressentait, dans une lettre adressée à sa mère : «Je suis un écrivain génial, je suis née pour écrire, je suis en train de composer les meilleurs poèmes de ma vie.»

Par Sandra Moussempès

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Birthday Letters de Ted Hughes

C'est le livre des émotions ressurgies, trente-cinq ans après le sucide de la poétesse Sylvia Plath. Une mémoire vive des sept années de mariage unissant Ted (mort récemment) à la jeune femme. Les poèmes se lisent comme un récit prosodique, "qui pouvait jouer Miranda ? Personne d'autre qu toi.", hommage à la femme aimée, admirée puis quittée. Minutieux détails de cette dévotion ravivée. "La sévère l'autère emily qu'aurait-elle fait de tes regards effrontés". rêves tourmentés de Sylvia : "un brochet [...] et dans son oeil, un foetus humain palpitait". Ted, poète de la Reine, à qui l'on conseilla d'écrire sur un maison hantée, savait-il que cette épouse blonde et brillante mais auss "déluge noir" à jamais attachée à un père mort trop tôt, ressemblerait à cette maison : "celui qui y pénètre ne la quitte jamais complêtement". Sans réèl enjeu formel, le livre est une superbe litanie.

Par Sandra Moussempès

Ces deux articles ont été publiés dans les Cahiers Critiques de Poésie du Cipm en 2003

Assymétrique Sylvia Plath et autre trajet rocambolesque

"Je viens de lire le journal intime de Sylvia Plath ; il semble avoir été écrit pour la publication. Etonnamment bien écrit pour une vocation privée.
Drôle de retour, après un détour de 20 ans.
Ce lien invisible existait depuis l'enfance ; Sylvia Plath étant la belle-soeur d'Olwyn, une amie anglaise de mon père. Olwyn, soeur de Ted Hughes. Et mon désir d'Angleterre encore invisible.

J'avais vu la maison du Devon et la fille de Sylvia, Frieda à l'âge ingrat, en photo son fils Nicolas avec qui on voulait me "marier" pour rire. La seconde femme (je ne me rappelle pas son prénom) faisait cuire du mouton à la menthe, des oeufs, des saucisses, du bacon. Elle était active et souriante comme il se doit chez ce type de femme. Une femme d'intérieur douée pour la "gestion domestique", constamment dans sa grande cuisine , dans cette même cuisine pensais-je à tord, Sylvia avait pu terminer sa vie. Le voyage avec Olwyn au volant avait été épuisant parcequ'elle ne savait pas conduire (en Angleterre c'est possible de conduire sans permis). Le oyage avait duré 12 heures pour fair quatre cent kilomètres parcequ'elle s'arrêtait pour boire du vin blanc dans un pub à chaque arrêt "repos". Malgré mes 12 ans, je connaissais les dangers de la route et de l'alcool au volant, mais il ne fallait ren dire pour ménager la suceptibilité ; elle montait sur le trottoir d'en face et conduisait comme en Frnce, à droite, il ne lui était pas "naturel" de conduire à gauche disait-elle, malgré ses origines bien anglaise. (...)

Extrait de "Hors champs" CRL Framche conté, 2001

Chronique littéraire : Taeko Kôno


Taeko Kôno

Ses flèches semblent transpercer les idées rçues et conformes. Sa rareté dans l'opressant silence, me suit pas à pas. J'ai lu jusqu'au bout tout le livre La chasse à l'enfant et j'en rssors, ragaillardie, la notion aboslue de son écrture, ses évocations assourdissantes. Je regarde son petit visage sur la quatrième de couverture, sageet carré avec de grosses lunettes d'institutrice. Dans les pages elle désire les petits garçons, elle sourit à la beauté cruelle d'une femme attachée par son mari bossu, des chairs encore fraîches et balbutiantes. Aucune psychologie explicative, un littérature acérée sans compromis. Je me souviens de ma première réaction. Je découvre le livre chez un autre écrivain en résidence à la Saline d'arc et senan, le titre fait echo. Il ne peut me le prêter, ce livre ne lui appartient pas. Je le commande, difficile à trouver, il est sorti il ya plusieurs années déjà. Quinze jours aprs je vais le chercher à Besançon. Dans un premier temps, je déchire le live comme pour contrer le sort, je déchire le livre neuf, tout juste acheté. Il me fait peur. Quelques jours après, la corbeille n'est toujours pas vidée, je relis doucement quelques pages, le texte surprenant de beauté et de simplicité se déroule peu à peu comme un tapis ornementé. Je mets du temps. Je récupère le livre qui n'est pas détruit, solidité du papier à fleur de peau. Je reconstruis l'étanchéité des propos. J'apprends à déchiffrer. Comme pour Sylvia Plath ou Carson Mc Cullers, mon refus s'est soldé en découverte. Le livre n'est pas terminé, se lit peu à peu, se remercie et se craint. Les rencontres sont rares. Après Yoko Ogawâ, Taeko Kôno rejette toute mièvrerie ou "bons sentiments" de groupe. Elle s'est écartéede son sujet pour meiux souder e elle l'écriture de ses maux. Sans jamais se compromettre.

Texte publié dans "Hors Champs" éditions du Centre Régional du Livre de Franche Comté, 2001.

lundi 22 décembre 2008

Dossier Jacques Moussempès


"Lettres de commande à un architecte, à un stratège d'apocalipse, aux graphistes et aux chirurgiens, lettres aux astrologues et aux officiers français, aux kinésithérapeutes, aux directeurs d'agonie et aux artistes de la mort, aux animateurs de vies multiples, lettre à Cathy cas célèbre d'angélisation."



"Les exercices de bonté sont corollaires des exercices de haine car la concentration de l'être en noyaux de haine revient à retenir une énergie qui serait autrement dépensée à nuire, et pour ce détournement, détermine physiquement par raréfaction, un courant ascensionnel : la bonté consiste ainsi à créer un vide qui entraîne les autres dans une sorte de lévitation, les élevant à l'état de formes angéliques."


Anges excentriques, transfert d'influence, jeu amoureux
!Dossier réalisé par Guillaume fayard

L'unique texte littéraire de Jacques Moussempès publié à ce jour, ces Lettres de commande, s'offre comme contrat. Un pacte de lecture à signer, "marché" à conclure en soi-même, entre corps rétif et conscience du tragique. Ici, "être mieux armés face à la concurrence" prendra rapidement, nous le craignons, une dimension mythologique.
Le travail de la Bibliothèque du Lion est irréprochable. Très peu d'informations, pas de quatrième de couverture, l'essentiel, à savoir "Jacques Moussempès, 1931-1981".
Livre imprimé pour durer, publication post-mortem. Beau papier immaculé, couverture sombre de belle facture, illustrée d'une huile de Michaux.
L'ouvrage est un petit joyau intriguant. 70 pages: une toute petite entreprise. Parmi de grandes sociétés internationales du lavage. Certains de nos désavantages commerciaux, nous avons eu recours à une beauté obscure pour protéger notre dispositif et être ainsi "mieux armés face à la concurrence".

Nécessité de la correspondance
Adressées à divers destinataires uniquement définis par leur statut, des lettres leur proposent de s'ériger contre certaines fatalités, et d'agir de manière circonstanciée afin de les repousser durablement: fatalité de l'enfoncement inéluctable de Venise par exemple (Lettre de commande à un architecte). Ou encore de l'absurde malfaçon dont l'homme serait victime : il ne jouerait qu'une fois.On nous propose, en faisant appel aux bons soins de divers opérateurs actifs, de le remodeler. De le réhabiliter face à l'incurie manifeste de son (ses) Dieu(x). De le dégriser: "Cher ami, On a trop fait danser le cerveau humain sur une musique qui n'était pas la sienne, jusqu'à le faire tourner en ce qu'il est devenu, derviche de sa propre mort" (p 41, Lettre de commande. Musique analectique).
Les destinataires des lettres sont des professionnels sur qui l'on peut compter. Le sérieux ministériel des Lettres de commande ne laisse pas de doute sur leurs compétences. Ayons confiance, ils sauront.
Jacques Moussempès leur laisse le champ libre, se contente d'indiquer des ouvertures possibles, "exercices de contrariété, comme le blocage d'habitudes corporelles, la paralysie d'organes trop exercés. (...) Il faudra aller jusqu'à l'isolation voire l'amputation d'organes populaires, sièges d'entassements excessifs. En sens inverse, tel exercice favorisera l'assouplissement, le rajeunissement d'organes sclérosés, oubliés, ou inexistants et qu'il faudra inventer, à moins de les ressusciter d'un passé préhistorique" (Lettre de commande aux graphistes et aux chirurgiens, p 59). Ravalement de façade. Aussi bien, puisque nous sommes pris aux jeux de l'identification, Self-lavage. Et c'est toute la force des Lettres que de faire en sorte que nous les signions chacun distraitement, donnant notre aval aux modifications souhaitées, puis à notre remembrement pièce à pièce. D'une certaine manière nous sommes nous-mêmes des experts de l'humain. Nous aussi, nous savons: la nécessité de changer quelque chose.
Six vertèbres pour une colonne (ajouter la mention "lu et approuvé")
1. C'est ainsi qu'une fois le contrat ratifié, le dispositif Moussempès, outre son efficacité bientôt reconnue, outre ses aspects spectaculaires et attrayants, permet d'obtenir d'excellents résultats de lavage sur les corps harassés, avec très peu de consommation d'eau, d'électricité, ou de shampooing.
2. En réalité, comme le sait très bien Moussempès, chez l'homme tout se recycle, la matière première est déjà réunie: littéralement "rien ne se perd...". Selon le bon vouloir des experts, le corps sera revu, on procédera à de nouvelles ouvertures, on consolidera ce que l'on peut, on abandonnera les pièces trop éminemment instables au profit de choix plus judicieux, d'organisations plus radicales, pour qu'enfin la mort et la misère métaphysique soient durablement mises à l'écart, rendues inopérantes sur un corps mieux pensé et plus apte à atteindre l'angélisation.
3. L'effet de jamais vu surprendra tout lecteur: de nombreuses expériences ont été tentées.Il tient en particulier à la puissance rhétorique de propositions dont l'incongruité s'efface sous la légèreté acide du trait d'esprit. Une subtilité folle se jouant de thèses apparemment insoutenables. C'est que le temps presse - la "concurrence" joue sur le même terrain.Concurrent ce Dieu, le premier. Sa Genèse arbitraire, dont on saura dorénavant qu'elle n'est que le dernier des débuts. Concurrents, Ses anges, falots. Son image, grasseyante, à n'en pas douter. Jésus-Christ Son Fils, dont Moussempès soutient qu'il aurait été tout d'abord anableps, "étrange poisson dont les évolutions auraient précédé la Création: les anableps avaient un oeil double dont le regard intérieur, dirigé vers l'orbite, traversait le corps ovale jusqu'à la queue" p 21. Concurrents la mort et ses avatars, tout l'arsenal des bassesses, déesses elles-mêmes, dont la toute-puissance était usurpée, ou secondaire: Moussempès a d'autres chats à fouetter.
Dextérité céleste d'un Lautréamont angélique - une telle aisance inquiéterait presque.
4. Le dispositif Moussempès tient en outre à sa réitération constante: les saillies enjouées sont martelées avec une obsession confinant au burlesque, une ironie toute Duchampienne.
Objectifs: rejet des tissus flasques, concrétion du corps autour de la colonne vertébrale, angélisation, recherche d'inspiration pour l'action dans des états qui auraient précédé la fallacieuse Genèse.
5. Si bien que la persuasion est finalement patente: on entend une musique céleste. Une musique autre, qui évoque celle d'Artaud, chant du lavage de soi, de la remise à flot. En particulier, une chaîne de mots-concepts sans cesse proférés mettront le corps de l'homme en rotation analectique autour de l'axe vertébral bucco-anal, siège crucial de sa reconversion, de son angélisation, de son accession à l'ana, lieu primordial ou nageait l'anableps, poisson ovale. Un seul indice suffira,ana-: Préfixe (gr. ana) signifiant «en haut», «en arrière», «à l’inverse» ou «de nouveau». De nouveau, jeter les dés. A l'inverse, jeter les organes sempiternels, ankylosés: en haut, en arrière. Encore.
6. Dans le ciel de Moussempès, c'est-à-dire à l'intérieur de l'homme, vice-versa, les anges convertis livrent bataille contre Dieu, retranché dans Son cube de cristal. Les morts sont rappelés, chair à canon ou agents doubles (Lettre de commande à un stratège d'apocalypse). Bientôt, la victoire étant acquise, le corps trouve emploi comme pur instrument de musique ("flûte à trous jouant selon les lois d'un solfège angélique", p 44). Plus tard, il "aboutira à la fabrication d'une matière nouvelle, particulièrement fine et sensible, apte à faire circuler une infinité de messages" (p 64). C'est bien l'ange que vise Moussempès à même le corps de l'homme. Un corps-ange reconfiguré, désabusé mais fonctionnant à merveille, non pas pour la vie au Paradis mais pour une nouvelle tâche, spécifique, préalablement définie ou inventée (production de musique, chant, perpétuation du corps mort, production de petits cerveaux-relais), qui aura occasionné sa révision générale.

Angélisation imminente
Délirant? L'excentricité radicale du projet de Jacques Moussempès renvoie à Raymond Roussel. Usant d'un bestiaire relevant du Moyenâgeux, du littéraire ou encore du New-age (tous les moyens sont bons), parsemé d'adresses plus intimes destinées à des femmes aimées, et quelles lettres alors, Jacques Moussempès dresse une cosmogonie portative à l'usage des vivants (seulement 12 euros), dont on saura l'utilité immédiate, l'effet curatif saisissant, la puissance de nettoiement insoupçonnée.

Pour finir brièvement en une seule phrase interminable comme l'agonie, et alors qu'armés du livre nous avançons lentement vers la nuit de la mort, nous dirons du corps dorénavant en voie d'angélisation, avec Lautréamont, Jim Morrison, Artaud, et Jacques Moussempès, phagocytés les uns par les autres en une seule expression de la puissance nourricière de la littérature, nous dirons de ce corps à problème qu'une masse informe (céleste), avec acharnement l'accompagne, (l'angélise) sur ses traces, (dans ses restes) jusqu'au milieu de la poussière : "le corps devient une mince tige maladroite pour supporter l'œil dans ses rondes, ou ce qu'on voudra, une station incompréhensible et verticale dans l'esprit -car nos corps n'existent pas, mais sont l'invention d'esprits astraux qui accrochent des sexes sous nos ventres par où ils nous font passer dans le monde terrestre pour lequel nous n'étions pas faits."




Biographie :

Professeur de philosophie et de français le jour, joueur de bridge professionnel la nuit : Jacques Moussempès a le profil aquilin de l'espion, la classe de l'ange déchu. Enquête. Issu d'une famille ancienne de Biarritz, qui comprend architectes et notables locaux, dont certains plus ou moins excentriques, la "destinée" de Jacques Moussempès est marquée par la trajectoire du père : oisif, celui-ci se ruine au casino peu après la naissance de Jacques. En conséquence de quoi, il abandonne femme et enfants pour Paris : bien forcé de trouver un travail. Le jeu fait ainsi son entrée dans la vie du jeune garçon, traduit aussitôt en dix années d'absence paternelle. Il entre à science po mais sans argent doit se consacrer exclusivement à l'enseignement pour des raisons financières. Espion en mission, comme nous voudrions le laisser croire, Jacques Moussempès passe ensuite quatre ans de sa vie au Brésil, puis quelques mois à Pondichéry, attaché à l'ambassade de France en tant que professeur de français et de philosophie - les espions travaillent pour les ambassades, c'est connu. Plus tard dans la vie, il rencontre et a une liaison avec Anie Besnard, une des compagnes d'Antonin Artaud, auquel Moussempès porte une admiration sans bornes. Il verra Artaud sur son lit de mort, et possèdera un de ses dessins, L'exécration du père-mère, où figure le mot ANA (toutes les "Lettres de commande" en résonnent). Il participe au colloque L'occident et ses autres en 1978, laissant une communication sur Artaud, intitulée Pour en finir avec l'occident.Il restera un proche d'Anie Besnard, qui possédait dans son appartement une collection d'automates plutôt exceptionnelle. Des automates aux anges, il n'y a qu'un pas, et des soldats de plomb au milieu d'eux, nimbés de musique céleste : c'est ce qu'il s'agira de montrer ci-dessous. Moussempès Jacques fonde ensuite une famille, sa fille unique, Sandra deviendra elle-même poète. Professeur de lettres dans un lycée de banlieue parisienne, il est pour l'été châtelain de village dans le sud de la France. Pour descendre dans le sud, 700 km en voiture décapotable : univers d'excentriques affublés de bonnets d'aviateurs... Hôte d'exception, affable causeur, "personnage" local apprécié de tous. Un gentilhomme serein, grand raconteur d'histoires. Un homme ayant fait du détachement amusé un art de vivre. Nuits fiévreuses sur des tables de bridge... Difficile de ne pas l'affubler d'un flegme à la Holmes, de chinoiseries à la Duchamp. Cet homme est décidément trop classieux. Suspense. La fin de sa vie est plus sombre : vivant seul ses deux dernières années, il se consacre à la lecture de Bossuet, et développe une passion exclusive pour les anges, dont il possède toute une collection. Il fait voisiner ses anges avec des soldats de plomb dont il est lui-même le maître-artisan : s'équipe à cette fin de moules de toutes sortes, ouvrage le plomb, alchimise. Amasse par ailleurs les boîtes à musique. Tout cet attirail de robots et d'yeux en extase, d'ailes inoffensives, de cylindres aériens, de douces musiques célestes, fait étrangement sens en regard des constructions folles projetées dans les Lettres : l'autobiographie rejoint le mythe cosmogonique. Toutes les avenues Moussempès (il y en a deux rien qu'à Biarritz) mèneraient invariablement à l'angélisation : ange = boîte à musique = soldat de plomb
Nous savons que plus avant dans la vie, aux tout derniers moments, Jacques Moussempès meurt des suites de son sommeil, ironiquement, une nuit quelconque de l'année 1981. Les Lettres sont achevées trois mois avant son décès. Quelle fin souhaitable. Elles restent, les Lettres, avec les anges, et la grande musique.

Guillaume Fayard